Le docteur Bordenave, médecin anesthésiste à l’hôpital Gustave Roussy, a passé le diplôme universitaire d’Hypnose médicale il y a 4 ans à la faculté de Médecine de Paris VI. Elle se sert désormais au quotidien de l’hypnose auprès de ses patients.
66 Millions d’Impatients : Au cours de quels actes utilisez-vous l’hypnose médicale ?
Docteur Bordenave : À Gustave Roussy, nous sommes spécialisés en oncologie. Les malades qui souffrent de cancers subissent souvent des soins douloureux qui incluent des gestes invasifs. J’utilise l’hypnose pour les accompagner et leur permettre de calmer leurs craintes et la souffrance lors de ces gestes. Bien entendu, je pratique également l’hypnose lorsque je pratique les différents types d’anesthésie.
Quels sont les gestes invasifs au cours desquels vous pratiquez l’hypnose?
J’ai de bons résultats sur les fibroscopies bronchiques. Ce sont des procédures impressionnantes pour les patients. L’hypnose les aide à se détendre.
C’est également le cas pour les péridurales qui se passent plus en douceur.
Dans l’ensemble, l’hypnose permet d’aider les patients à gérer leur anxiété. À cet égard, l’hypnose est donc également très utile pour les anesthésies comme la sédation et les anesthésies locales, où les patients restent éveillés.
Vous l’utilisez également pour les anesthésies générales ?
Oui. Les patients qui s’endorment plus calmes grâce à l’hypnose se réveillent plus sereins, moins endoloris et moins fatigués. Dans l’ensemble nous avons remarqué qu’ils sont plus confortables.
En pratique, comment se passe la séance d’hypnose ?
C’est plus ou moins informel, en fait. C’est une hypnose conversationnelle. J’adapte simplement mon langage. Cela n’a rien de théâtral. Il faut savoir que lorsque le patient arrive au bloc opératoire, il est déjà dans un état de stress, voire de transe pour certains. Cet état est proche de celui que l’on recherche en hypnose, en cela qu’il est apparenté à un état de conscience modifié. J’entre alors en contact avec les patients pour tenter d’inverser les polarités de ce stress et faire en sorte que l’environnement du bloc devienne sécurisant et non plus stressant.
Comment considérez-vous l’hypnose par rapport à votre pratique en tant qu’anesthésiste ?
Je l’utilise comme un adjuvant. Cela ne remplace évidemment pas les drogues, l’hypnose n’est pas un substitut à l’anesthésie, même si dans un certain nombre de publications, elle permet une épargne de médicament anesthésique.
Vous utilisez l’hypnose tous les jours ?
L’hypnose fait partie intégrante de ma pratique d’anesthésiste au quotidien. Déjà parce qu’il est en soi un bel outil relationnel, il permet une véritable implication dans la façon dont on se présente au patient. En utilisant l’hypnose, j’ai le sentiment d’être passée du statut de technicienne de l’anesthésie à celui de soignante. Je me sens plus valorisée dans mon métier. Je dirais même que cela m’aide moi aussi. Pratiquer l’hypnose me tranquillise. J’ai d’ailleurs l’impression de prendre davantage mon temps avec les patients avec qui je pratique l’hypnose alors qu’en réalité je passe avec eux sensiblement autant de temps qu’avec les patients endormis sans hypnose.
Cela ne vous fait donc pas perdre de temps ?
Au contraire, je pense que dans la globalité de la prise en charge du patient, depuis le début de l’opération jusqu’à son réveil, on gagne du temps, et le patient vit mieux physiquement et moralement cette épreuve.
Vos collègues soutiennent-ils votre pratique de l’hypnose ?
Je n’ai jamais été confrontée à des oppositions de la part de mes confrères. La plupart sont même assez curieux, d’autant que depuis quelques années on cherche à améliorer la qualité de la relation médecin-patient au bloc. Plusieurs soignants de Gustave Roussy ont eu l’occasion de se former récemment et c’est très positif. L’hypnose médicale remplit parfaitement le cahier des charges d’un bon traitement, en outre elle est désormais largement validée par la littérature médicale. Il ne s’agit évidemment pas de confondre hypnose et miracle, mais à beaucoup d’égards elle apporte de vrais bénéfices pour les patients et pour les équipes soignantes.
En savoir plus (lien vers notre 2e article sur l’hypnose) :
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