La chirurgie réfractive est une intervention qui peut être envisagée pour la correction de nombreux défauts visuels. Les tarifs pratiqués sont élevés et la prise en charge très faible. Le point sur une chirurgie qui coûte (très) cher à ceux qui y ont recours.

Environ 100 000 personnes ont recours chaque année en France à la chirurgie réfractive pour corriger leur vision. L’opération consiste à modifier la topographie de la cornée à l’aide d’un laser « excimer » après en avoir retiré la couche supérieure. La durée totale d’intervention est d’environ 30 minutes et ne nécessite pas d’hospitalisation.

La plupart des défauts visuels peuvent aujourd’hui être corrigés par cette intervention, qu’il s’agisse de myopie (défaut de vision de loin), d’astigmatisme (flou visuel de loin et de près), d’hypermétropie (défaut de vision de près) et même, c’est plus récent, de presbytie (difficulté d’accommodation en vision de près).

A chaque technique d’intervention son tarif

On distingue trois techniques différentes. Charge à l’ophtalmologue de proposer celle qui est la mieux adaptée au patient et à son défaut visuel :

  • La photokéractectomie réfractive (PKR). C’est la plus ancienne. Elle consiste à remodeler la cornée au laser après en avoir retiré l’épithélium mécaniquement au moyen d’une micro-brosse. Elle est utilisée dans environ 25 % des interventions. La PKR provoque des douleurs postopératoires pendant 4 à 6 jours. La durée de récupération visuelle s’étale sur une à deux semaines. Son coût moyen est d’environ 2000 € pour les deux yeux.
  • Le Lasik. L’intervention débute avec la découpe d’une fine couche de cornée au moyen d’un rabot automatisé (microkératome). Le chirurgien soulève par la suite cette lamelle pour appliquer le traitement au laser. Le volet cornéen est enfin reposé et se recolle sans suture. Cette méthode est utilisée dans 15 % des interventions. Elle est indolore et permet une récupération visuelle rapide. Son coût est un peu plus élevé que la PKR (2400 € en moyenne pour les deux yeux).
  • Le Lasik Femtoseconde. Cette technique est identique sur le principe à celle du Lasik, à ce détail près que la découpe de la cornée est réalisée au moyen d’un laser plus précis, de type femtoseconde. C’est aujourd’hui l’intervention la plus pratiquée en France (environ 60 % des cas) et ailleurs dans le monde. Elle est indolore et présente très peu de risques de complications. Son coût est le plus élevé : comptez en moyenne 2750 € pour le traitement des deux yeux.

Aucune prise en charge par l’Assurance maladie

La chirurgie réfractive est indiquée pour les patients âgés de 18 à 55 ans dont la déficience visuelle est inchangée depuis 2 ans et qui ne souffrent d’aucune affection oculaire (glaucome, maladie de la rétine, etc.). Cette intervention s’adresse aux personnes présentant un défaut visuel léger à modéré (myopie jusqu’à – 8 dioptries ; hypermétropie jusqu’à + 6 dioptries et astigmatisme jusqu’à + ou – 4 dioptries).

Aux yeux de la Sécurité sociale, la chirurgie réfractive est un acte hors nomenclature quelle que soit la technique utilisée. Autrement dit, elle ne rembourse pas un centime. En revanche, 6 contrats de complémentaire santé sur 10 en prennent une partie à leur charge, selon une étude du ministère de la Santé publiée en août dernier et portant sur les contrats les plus fréquemment souscrits.

Parmi les contrats individuels, ceux proposés par des mutuelles affichent une garantie pour la chirurgie réfractive dans 69% des cas, contre 52% pour les contrats gérés par des assureurs. Du côté des contrats collectifs, souscrits par les entreprises pour le compte de leurs salariés, cette garantie est moins fréquente dans les contrats gérés par des institutions de prévoyance (38%), par rapport à ceux des assureurs qui la proposent dans 62 % des cas et dans 82 % pour les mutuelles. Le montant pris en charge est variable d’un contrat à l’autre (jusqu’à 700 euros par œil). Il est peu fréquent cependant que l’opération soit intégralement couverte, tant les tarifs pratiqués sont élevés.

Les pistes pour faire diminuer la facture

Premier réflexe pour qui souhaite payer moins cher : se renseigner avec soins avant de choisir le chirurgien et surtout demander des devis. Les différences de tarif pour une même technique peuvent être importantes d’un établissement à l’autre, et ce au sein d’une même ville. Bon à savoir : certaines cliniques et hôpitaux affichent leurs tarifs sur Internet.

Plusieurs complémentaires santé proposent également à leurs adhérents de bénéficier de tarifs plus attractifs que ceux du marché. Comme elles le font auprès d’opticiens ou d’audioprothésistes, elles peuvent aussi nouer des partenariats avec des centres spécialisés en chirurgie réfractive. Les professionnels qui y adhèrent s’engagent à limiter leurs tarifs en espérant que l’afflux de nouveaux clients compense la baisse de leurs marges. Renseignez-vous auprès de votre organisme complémentaire.

Autre piste, encore peu exploitée par les patients français : la filière étrangère (Turquie, Tunisie, Thaïlande). Au même titre que les soins dentaires coûteux (prothèses, bridge, implants) ou d’esthétique, la chirurgie réfractive voit de plus en plus de centres se développer hors de nos frontières et proposer des tarifs bien inférieurs à ceux pratiqués par les praticiens français.

Attention quand même pour les éventuels candidats à l’exil de ne pas partir les yeux fermés. Parmi les précautions à prendre : s’assurer de l’expérience du chirurgien (oui, la question se pose !), du niveau d’équipement utilisé ou encore des garanties proposées et notamment des conditions de reprise des soins en cas de complications.

Après 60 ans ou en cas de fort défaut visuel

La chirurgie réfractive n’est pas recommandée à l’approche de la soixantaine ou en cas de forts défauts visuels. Elle est même plutôt contre-indiquée dans de nombreux cas. Les chirurgiens peuvent alors avoir recours aux implants oculaires, des lentilles synthétiques installées à l’intérieur de l’œil, soit en conservant le cristallin si celui-ci est sain, soit en le remplaçant en cas de cataracte.

L’intervention ne nécessite pas d’hospitalisation et se pratique en général en deux séances, une pour chaque œil. De même que la chirurgie réfractive, la pose d’implants oculaires pour corriger un défaut n’est pas remboursée par la Sécurité sociale. Quant aux complémentaires, elles sont encore peu nombreuses à la prendre en charge.

Comptez un remboursement de 100 à 450 € pour un œil alors que les tarifs oscillent de… 2 500 € à 3000 €. Ce prix comprend l’achat de l’implant (que le patient doit se procurer lui-même auprès du laboratoire), les honoraires du chirurgien et de l’anesthésiste ainsi que les frais facturés par l’établissement.

Les effets indésirables en question

C’est un tableau bien sombre que dresse l’association Les Dangers du Lasik sur les effets indésirables qu’on peut craindre suite à une chirurgie réfractive au laser. L’association annonce des taux de complication élevés s’appuyant sur une étude de la Food and Drug Administration, l’équivalent américain de notre Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Cette étude, menée sur deux groupes d’environ 240 et 300 patients ayant subi une chirurgie réfractive, montre que 4 % d’entre eux éprouvent des difficultés visuelles « très » ou « extrêmement » gênantes trois mois après l’intervention. Halo, éblouissement, sécheresse oculaire… Pour 1 % des patients participant à cette étude, ces difficultés étaient telles qu’elles empêchaient toute reprise d’activité.

Dans l’attente des données

Très alarmiste, l’association a été reçue le 23 octobre dernier à l’ANSM pour y être entendue par la Commission de la prévention des risques. « La Commission s’était alors prononcée en faveur de la réalisation d’un document d’information à destination du grand public sur les effets indésirables et complications associés à ce type de chirurgie », indique-t-on à l’ANSM.

Ce document a depuis été rédigé. Il décrit brièvement la technique chirurgicale, puis liste les situations dans lesquelles la chirurgie Lasik peut être réalisée, les effets indésirables et complications qui peuvent y être associés et enfin les informations à apporter au patient avant l’intervention.

Ces données ont été rendues publiques par l’ANSM le 20 mars : Information pour les patients – complications et effets indésirables de la chirurgie réfractive. En France, on estime à 120 000 le nombre de personnes ayant recours à une chirurgie réfractive chaque année. Entre janvier 2011 et janvier 2014, 36 signalements d’incidents ont été rapportés à l’Agence.

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