Le 30 avril 2015, avait lieu la Journée mondiale de l’Accessibilité et de la Mobilité. Bien sûr, les déplacements et les transports en commun sont dans la ligne de mire des 12 millions de Français concernés par des problèmes d’accessibilité, que la loi du 11 février 2005 a prévu de résoudre (avec une application qui prend beaucoup de retard).

Pour beaucoup de ces Français, particulièrement les personnes âgées, handicapées ou accidentées, l’accès aux soins est également un problème et développer une offre de soins à domicile est essentielle. Faisons un petit état des lieux sur le sujet en commençant par la médecine générale et d’urgence, le dentaire puis la kinésithérapie à domicile.

Médecin ou SAMU ?

Entretien avec Carl Lugrin, médecin aux Urgences médicales de Paris 

Il n’est pas toujours possible de se déplacer pour voir un médecin, que l’on soit cloué par une grippe fulgurante, empêché de voir son médecin de famille parce que l’on tombe malade la nuit ou le week-end, ou plus évidemment parce qu’on a un malaise soudain ou un accident et qu’il faut agir en urgence.
Il n’est d’ailleurs pas toujours évident de savoir qui appeler et à quel moment.
Un homme ou une femme adulte en pleine santé pris d’une mauvaise grippe durant un week-end pourra sans doute résister à une forte fièvre pendant un ou deux jours, alors que pour un enfant ou une personne âgée, il ne faudra pas tarder à faire venir un médecin.
En outre, il est des cas comme les malaises, les douleurs thoraciques et bien sûr les accidents traumatiques, où il ne faut pas hésiter à appeler les urgences.

Qui appeler ?

  • Si l’on a le moindre doute sur la gravité du cas, il faut appeler directement le SAMU en composant tout simplement le 15. De toute façon, les régulateurs du SAMU qui répondent au téléphone vous poseront quelques questions, et s’il n’y a pas de caractère réellement urgent, ils vous dirigeront vers un médecin généraliste.
  • Vous avez un médecin de famille ? En province, les médecins de famille se déplacent parfois encore, mais à Paris et dans les grandes villes, c’est de plus en plus rare. D’ailleurs désormais, lorsque les cabinets des généralistes sont fermés, les médecins laissent souvent sur leur répondeur les numéros de services de médecins à domicile comme SOS Médecins qui couvre de nombreuses villes françaises ou Les Urgences médicales de Paris.

Lorsqu’un médecin se déplace à domicile, il peut facturer, en supplément de ce qui est pris en charge par l’Assurance Maladie, des dépassements d’honoraires.
Dans le cas des médecins exerçant aussi la nuit, les week-ends et les jours fériés, ainsi que le précise le docteur Lugrin, ils peuvent pratiquer des dépassements d’honoraires uniquement la semaine entre 8h et 20h. Le reste du temps, il s’agit pour eux d’assurer une permanence de soins. Dans ce cas, les honoraires des consultations à domicile sont fixées à :

  • 69 € après 20 heures
  • 82,5 € après minuit
  • 53 € les week-end et jours fériés
  • + un coût supplémentaire éventuel à l’acte si besoin, si le médecin pratique par exemple un électrocardiogramme. 

Un dentiste à domicile

Entretien avec le docteur Gepner, de l’association INCSIV

Pas évident d’imaginer qu’un dentiste puisse se déplacer avec tout son matériel pour nous soigner les dents ! C’est pourtant le challenge que s’est lancée le docteur Agnès Gepner depuis qu’elle a créé il y a deux ans l’association INCISIV.
Elle a recruté 5 dentistes libéraux, qui travaillent tous en cabinet et libèrent quelques jours dans la semaine pour l’association.
Côté matériel, c’est outre-atlantique qu’elle est partie chercher une unité dentaire mobile, matériel qui sert d’ordinaire dans l’armée américaine. Pour tout le reste, les dentistes d’INCISIV utilisent du matériel consommable à usage unique. Aussi l’unité dentaire pèse t-elle une vingtaine de kilos, ce qui permet d’accéder presque partout, que cela soit chez les particuliers ou en institution.
Il est possible de pratiquer quasiment tous les actes effectués normalement en cabinet, même des radios ! Les deux exceptions sont les extractions multiples, du fait du risque hémorragique, ainsi que les implants.
INCISIV se déplace pour l’instant uniquement en Ile-de-France, mais le docteur Gepner aimerait que son projet se développe dans d’autres régions et réponde au problème des déserts médicaux qui existent notamment dans les campagnes.
En revanche, il ne s’agit pas d’une offre de confort. INCISIV prend en charge uniquement les patients qui ne peuvent pas se déplacer, principalement les personnes âgées ou handicapées. Le but de l’association n’est pas de créer une concurrence pour les dentistes qui pratiquent en cabinet.

Le coût d’une telle prestation se divise en deux parties :

  • D’une part la prise en charge du déplacement et du matériel. Cette partie fait l’objet d’une facturation indépendante de la part de l’association pour couvrir ses frais. Elle n’est en aucun cas prise en charge par la Sécurité sociale. Le Docteur Gepner a approché la CPAM des Hauts-de-Seine pour engager des négociations autour d’une éventuelle prise en charge, mais la Caisse d’Assurance Maladie n’a pas retenu cette option, ce qui est dommage puisque dans certains cas, elle remboursera le déplacement sanitaire sur prescription médicale (lire l’article sur la prise en charge de la prescription de transport sur le site de l’Ordre National des Chirurgiens-Dentistes).
  • D’autre part, les actes en tant que tels, pour lesquels tous les dentistes de l’association s’engagent à respecter la grille tarifaire d’INCISIV. Pour les actes conservateurs, INCISIV respecte la nomenclature de la Sécurité sociale et pour les prothèses, qui autorisent les compléments d’honoraires, elles font l’objet d’une grille tarifaire unique. Ainsi faut-il compter par exemple 650 € pour une couronne (pour en savoir plus, voir notre fiche « Dentaire, combien ça coûte ? »).

Quant aux délais d’attente, ils dépassent rarement une semaine.

Un kiné à la maison ?

Entretien avec Martin d’Abrigeon, kinésithérapeute

Il arrive que l’état de certains patients ayant besoin de soins de kinésithérapie ne leur permette pas de se déplacer jusqu’au cabinet du praticien. Dans ce cas, il se peut que le médecin-traitant prescrive des séances de kinésithérapie à domicile.
Le choix du kinésithérapeute est libre, mais du fait que les visites s’enchaînent pour eux, il vaut mieux choisir un praticien situé près du domicile à visiter, d’autant que cela arrive malheureusement souvent que les kinés incluent le temps de déplacement dans les 30 minutes que comptent la séance, réduisant donc le temps de soins. « Cela est d’autant plus préjudiciable, précise Martin d’Abrigeon, que la plupart du temps, les visites à domicile concernent des patients âgés, ou lourdement affaiblis, qui ont besoin de parler et avec qui tout est plus long ».
Du point de vue du matériel, le kinésithérapeute a besoin de peu de choses : un stéthoscope, un saturomètre pour les patients sous assistance respiratoire, éventuellement une table transportable (mais dans les grandes villes, si le kinésithérapeute se déplace en transports en commun, c’est souvent compliqué…). Bien sûr, explique Monsieur d’Abrigeon, avec un peu d’imagination on peut presque tout faire à domicile. Si l’on n’a pas de table et que l’on a besoin de faire allonger le patient, on peut se mettre sur le lit ou au sol. De la même façon, si l’on a besoin de faire faire quelques exercices d’endurance, quelques marches d’escalier suffisent, on n’a pas forcément besoin d’un vélo d’intérieur.

Les tarifs à domicile sont évidemment un peu plus chers que ceux en cabinet de kinésithérapie. Si l’on prend la base des tarifs de l’Assurance Maladie, comptez 20 € pour une séance de kiné classique à domicile, contre 17 € en cabinet, mais il est rare que les kinésithérapeutes ne facturent aucun dépassement d’honoraires lorsqu’ils doivent se déplacer. A Paris, par exemple, il faut plutôt compter 35 € par séance à domicile.

Sachez aussi qu’il existe également des prises en charge selon un barème kilométrique en fonction de la distance à parcourir par le kinésithérapeute, et qu’il peut y avoir des dépassements d’honoraires exceptionnels dans le cas de déplacements importants.

 

En savoir plus :

Site de l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes

2e volet de 66 Millions d’Impatients : les infirmiers (ières) et opticiens à domicile

… et prochainement l’hospitalisation à domicile.

 

 

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