Mycose et vaginose sont des maux que la plupart des femmes ont connu au moins une fois dans leur vie. Ce sont des infections courantes et souvent bénignes mais parfois très gênantes voire douloureuses et qui peuvent gâcher la vie des femmes lorsque ces infections sont récidivantes.

L’une des causes de ces infections est le dérèglement de la flore (ou microbiote) vaginale, et les femmes qui ont du mal à la reconstituer vont alors souffrir de ces infections de façon répétée. Dans de tels cas, l’automédication, notamment pour la mycose dont les traitements sont en vente libre, est tentante et souvent efficiente, mais encore faut-il respecter quelques règles et pourquoi pas, s’aider d’un autotest vaginal pour différencier mycose et vaginose, autotest que nous avons voulu étudier de plus près.

Interview du Dr Falcone Herrnberger, gynécologue

Quelle est la différence entre une vaginose et une mycose ?

Ce sont toutes deux des infections vaginales dues :

  • pour la mycose, à la prolifération de champignons (le plus souvent le Candida albicans).
  • pour la vaginose, à la multiplication d’une bactérie (Gardnerella vaginalis).

Ces champignons et bactéries sont naturellement présents, en faible quantité, chez la plupart des femmes sans que cela ne cause de troubles particuliers, mais lorsque, pour différentes raisons, la flore bactérienne est déséquilibrée, ces germes peuvent se multiplier et entraîner différents symptômes :

  • pour la mycose, des pertes vaginales blanches ainsi que des démangeaisons et des irritations au niveau de la vulve et du vagin qui peuvent s’avérer très douloureuses.
  • pour la vaginose, des pertes jaunâtres ou grises, une odeur désagréable de « poisson pourri », parfois également des démangeaisons et des irritations.

Y a-t-il des profils de femmes plus facilement sujettes à chacune de ces infections ?

La mycose est très courante chez la femme, à tous les âges de la vie, particulièrement avant la ménopause. Les personnes diabétiques et les femmes enceintes sont plus facilement touchées car les champignons qui aiment tout particulièrement le sucre et les œstrogènes. Les mycoses sont la maladie de prédilection des femmes trop propres. Les champignons adorent l’humidité et c’est la raison pour laquelle il ne faut pas se laver à l’intérieur du vagin, éviter les bains au bénéfice des douches, faire attention l’été à la mer ou à la piscine de bien se sécher et de ne pas rester avec son maillot de bain humide.

La vaginose est plus rare et touche plus souvent la femme ménopausée qui a tendance, inversement, à souffrir de sécheresse vaginale.

Pourquoi la flore bactérienne se déséquilibre-t-elle ?

Il peut y avoir de nombreuses raisons, telles que les changements hormonaux (comme ceux qui se produisent au cours des cycles menstruels ou pendant la grossesse), le tabac, l’alimentation, ou le stress, mais c’est aussi souvent suite à un traitement antibiotique. En effet, les antibiotiques dits « à large spectre » vont détruire toutes les bactéries, même les bonnes bactéries (lactobacilles) du microbiote vaginal qui aident à nous défendre contre les éléments pathogènes. Les femmes qui ont tendance à faire facilement des mycoses et doivent prendre un traitement antibiotique ont intérêt à prévenir leur médecin lors de la prescription, justement pour éviter ces antibiotiques à large spectre et leur préférer des antibiotiques qui ciblent la bactérie incriminée quand c’est possible. Si les antibiotiques à large spectre sont nécessaires, l’autre solution consiste à prescrire en même temps que les antibiotiques des ovules vaginaux ou des probiotiques pour prévenir le risque de mycose.

Comment reconstituer sa flore vaginale ?

On utilisera des probiotiques. Il s’agit de micro-organismes vivants (bactéries ou levures) qui rééquilibrent le microbiote. Précisons que seuls certains probiotiques contenant des lactobacilles spécifiques de la flore vaginale sont efficaces pour reconstituer la flore vaginale. Il en existe de différentes marques et sont en vente libre, sans nécessité d’une prescription médicale. Malheureusement, les probiotiques sont chers, non remboursés par l’Assurance Maladie or il faut 1 à 3 mois de traitement oral pour rééquilibrer sa flore vaginale.
Les probiotiques vaginaux, qui étaient plus efficaces, ont disparu du marché depuis 2021, suite au règlement européen qui les a classés en médicament, nécessitant une AMM (Autorisation de mise sur le marché). On peut aussi ajouter aux probiotiques oraux des prébiotiques vaginaux constitués de fibres alimentaires qui nourrissent les lactobacilles de la flore.

Quels sont les traitements ?

Concernant la mycose, les traitements sont en vente libre et l’automédication est une solution tout à fait envisageable. Une mycose se traite avec des crèmes locales et des capsules vaginales antifongiques de la famille des imidazolés (type Econazole, Lomexin). Il peut également être utile d’utiliser un savon intime alcalin car les mycoses ne se développent pas en milieu alcalin, mais l’usage de ce savon ne doit pas excéder une semaine pour ne pas favoriser ensuite l’apparition d’une vaginose qui se développe justement en terrain alcalin. Les pharmaciens sont tout à fait compétents pour délivrer le traitement adéquat et proposer des probiotiques en supplément. Si les mycoses récidivent avec 4 épisodes ou plus par an, il faut consulter un médecin qui pourra prescrire un traitement par voie orale (Fluconazole).

Pour la vaginose, il faut consulter un médecin car le traitement nécessite la prescription d’un antibiotique. On choisira de préférence un antibiotique ciblé plutôt qu’un antibiotique à large spectre, pour éviter l’apparition d’une mycose.

Focus sur les auto-diagnostic des infections vaginales en vente libre en pharmacie : l’avis du docteur Falcone

Ces dispositifs sont bien pensés et utiles pour les femmes qui se soignent en automédication à tort pour une mycose alors qu’elles souffrent d’une vaginose. Cela arrive en effet assez souvent, car les symptômes de ces maladies sont assez proches. L’élément qui peut permettre de faire facilement la différence entre les deux est la désagréable odeur de « poisson », caractéristique de la vaginose. Précisons que cela n’est pas grave de tenter le traitement en automédication pour une mycose alors que l’on a en réalité une vaginose, mais bien évidemment les symptômes ne disparaitront pas puisque pour traiter une vaginose, des antibiotiques sont nécessaires.

Ces tests sont basés sur l’analyse du PH vaginal. En effet, une mycose ne se développera pas en milieu alcalin, du coup, si le test vire au vert et montre ainsi que le PH vaginal de la patiente est alcalin, cela élimine le risque de mycose. Il est alors possible que la patiente souffre bel et bien d’une vaginose, voire d’une autre infection vaginale beaucoup plus rare appelée Trichomonase. Dans ces cas-là, une consultation chez un médecin devient incontournable.

Le prix des autotest, autour de 10€, me semble raisonnable et la pertinence du test tout à fait justifiée dans un contexte où les délais pour obtenir un rendez-vous chez un gynécologue sont parfois très longs. Bien entendu, ce n’est pas aussi précis qu’un prélèvement vaginal analysé en laboratoire, où l’on va effectuer une recherche bactérie par bactérie et qui sera en outre pris en charge par l’Assurance maladie.

L’automédication répétée pour les mycoses pose-t-elle un problème ?

Non, cela n’a pas lieu d’être inquiétant. Certaines femmes ont des mycoses chaque mois en fonction de leur cycle notamment et se traitent avec une capsule vaginale, même préventivement parfois (juste avant les règles, par exemple). Cependant, en cas de récidives trop fréquentes, il est préférable de consulter un médecin ou une sage-femme. Il faut aussi noter que les mycoses peuvent disparaître sans traitement si la flore retrouve naturellement son bon équilibre.

Ces infections sont-elles sexuellement transmissibles ?

Les vaginoses et les candidoses ne sont que très rarement transmissibles sexuellement. Un homme atteint de mycose en souffrira rapidement avec des brûlures, une irritation ou une desquamation du gland. Il lui faudra alors un traitement. La vaginose a peu de conséquence clinique chez l’homme, qui peut être porteur sain. Cependant on proposera de traiter le partenaire si la patiente présente des vaginoses répétées (3 épisodes ou plus en quelques mois) afin d’éviter une éventuelle re-transmission de l’homme à la femme.

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