Dans une semaine, le vendredi 10 avril, France Assos Santé La Réunion organise une Journée des usagers, consacrée à l’accès aux soins et aux droits en santé mentale sur l’île. Usagers ou représentants, aidants, professionnels de santé, institutionnels du secteur… à vos inscriptions !
« A La Réunion, nous devons faire face à de nombreuses difficultés en santé mentale : un manque de professionnels et d’établissements pour la prise en charge des personnes en souffrance, des passages inutiles et inadaptés aux urgences, un climat économique et social très délétère actuellement, qui explique en grande partie la hausse du nombre de personnes touchées par la dépression et les addictions », souligne Véronique Minatchy, présidente de France Assos santé sur place et représentante de l’association le Lien.
Un contexte très sensible, qui explique la volonté de mieux informer et accompagner les usagers dans leurs démarches en santé mentale. « Nous souhaitions déjà organiser cette journée l’an dernier. Quand le gouvernement a annoncé la reconduction de la Grande cause nationale, nous avons lancé l’organisation, en partenariat avec l’agence régionale de santé (ARS) », ajoute Véronique Minatchy. Environ 200 participants sont attendus salle Payanké, à Saint-Paul. Le programme détaillé se trouve ici ainsi que le lien pour s’inscrire.
Aider les usagers à s’orienter
A La Réunion comme ailleurs, l’empilement des outils, des acteurs et des structures en santé mentale n’aide pas les usagers à savoir à qui s’adresser pour trouver de l’aide. L’un des objectifs de cette journée est d’améliorer l’orientation des usagers dans le parcours de soins. « À titre d’exemple, une mère confrontée aux difficultés de son enfant peut se retrouver démunie face à la multiplicité des acteurs, des dispositifs et ne pas savoir vers qui se tourner », explique Marylène Singabrayen-Tampigny, référente Santé mentale pour France Assos santé à La Réunion et également administratrice de l’Apajh sur place. « Faute d’information, de nombreuses familles sont épuisées et se sentent abandonnées », témoigne la référente.
La première table-ronde (réunissant ESPMR, Etap-Santé, URML, Rectorat et représentant des usagers) sera donc consacrée à l’orientation des usagers, en répondant aux questions suivantes : quelles sont les structures en place et les coordonnées des établissements, dispositifs, centres et associations ? Quels sont les délais ? Qui contacter dans telle situation ? A l’issue de cette table-ronde, l’un des objectifs est de concevoir et faire connaître une cartographie ou un annuaire de l’offre en santé mentale, en identifiant les zones de rupture.
Lutter contre les ruptures de parcours entre addiction et santé mentale
« À La Réunion, les problématiques de dépression chez les jeunes sont particulièrement préoccupantes. Les études montrent que les jeunes ultramarins sont globalement plus touchés que dans l’Hexagone, ce qui appelle une attention renforcée sur notre territoire », éclaire Marylène Singabrayen-Tampigny. L’un des gros points noirs sur place est le manque d’articulation entre le suivi en psychiatrie et en addictologie. « Sur le terrain, certaines situations illustrent les difficultés d’articulation entre psychiatrie et addictologie. Lorsqu’une personne se présente aux urgences après une consommation de substances (alcool, cannabis…), son orientation peut s’avérer complexe. Les services se renvoient la prise en charge, sans qu’une réponse adaptée ne soit proposée. Ces situations peuvent entraîner des ruptures de parcours », illustre la référente.
Hospitalisations répétées sans suivi coordonné, refus de soins, risque de bascule vers l’errance et l’exclusion : les conséquences de ce cloisonnement des soins sont très néfastes. La table-ronde numéro 2, consacrée à ces ruptures de parcours, réunira le Dr David Mete, chef du service Addictologie au CHU de la Réunion, la CPTS, un représentant du SPIP et l’association « Les Maillons de l’espoir ». Objectif : identifier les points de rupture et déboucher sur des propositions concrètes de coordination entre le monde de l’addiction et celui de la psychiatrie.
L’accès effectif aux droits
Entre l’annonce de nouveaux dispositifs de santé mentale et leur entrée en vigueur effective, il y a souvent un décalage, que les professionnels de terrain eux-mêmes constatent et dénoncent. « De nombreux dispositifs et droits existent en santé mentale mais leur accès reste souvent difficile en raison des critères évolutifs, du manque de lisibilité et de la complexité des démarches. A cela s’ajoutent des listes d’attente importantes dans les structures, si bien que même lorsque les droits sont reconnus, leur mise en œuvre effective reste trop souvent inaccessible pour les personnes et leurs familles. Il est fréquent que les aidants, épuisés de devoir porter seul leur proche, sombrent à leur tour dans la dépression », déplore Marylène Singabrayen-Tampigny.
La table-ronde n°3 sera justement consacrée à l’effectivité des droits avec un point sur les droits reconnus mais non effectifs (liste d’attente, manque de places), sur la complexité des démarches MDPH et l’épuisement des personnes concernées et leurs familles. Les invités prévus sont des représentants de la MDPH, du département, du secteur médico-social, de l’UNAFAM, ainsi qu’un juriste. Objectifs : clarifier les démarches, améliorer l’accès réel aux droits, soulager les familles et sécuriser les parcours. « A l’issue de cette journée, les membres de France Assos Santé, qui auront pris des notes, vont rédiger des recommandations pour les transmettre à l’ARS. Nous espérons que des mesures concrètes seront prises car il y a urgence », appelle de ses vœux Véronique Minatchy.
Un état des lieux en chiffres
- On comptabilise autour de 1 000 passages par mois aux urgences pour troubles psychiques à La Réunion. Les deux principaux motifs de recours aux urgences et d’hospitalisation pour troubles psychiques sont les troubles de l’humeur : dépression et troubles bipolaires (38 % des hospitalisations) et schizophrénie (28 %). Les troubles liés à l’usage de substances (alcool, drogues) représentent aussi une part non négligeable des hospitalisations. Source : Santé Publique France et ORS
- 6 800 Réunionnais étaient inscrits en affection de longue durée (ALD) pour schizophrénie en 2022. L’incidence de la schizophrénie est élevée à la Réunion. Source : ORS La Réunion
- Un jeune Réunionnais sur trois souffre de dépression modérée à sévère, selon une étude publiée en mai 2025 par l’Institut Montaigne.
- 23% des femmes consomment de l’alcool pendant leur grossesse. Un enfant porteur de troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) naît tous les deux jours à la Réunion, département où le taux de diagnostic est le plus élevé de France. Source : ARS La Réunion
Une nouvelle Maison des ados à l’Est de l’île
L’antenne Est de la Maison des adolescents de l’ESPMR ou KAZ’Ado a ouvert en mars 2026, à Bras-Panon. Elle accueille les adolescents de 11 à 21 ans et leurs familles, avec ou sans rendez-vous, du lundi au vendredi de 8h30 à 16h. L’équipe constituée de médecins, pédopsychiatres, psychologues, éducateurs spécialisés, assistants sociaux, etc., a pour objectif d’améliorer l’accès des jeunes aux dispositifs de prévention, de soins et d’accompagnement.
Les services proposés sont les suivants : entretiens d’accueil, suivis individuels et familiaux, consultations médicales (bilan de santé, nutrition, santé sexuelle), actions de prévention et ateliers collectifs. L’ouverture de cette antenne à l’Est vient renforcer le maillage territorial aux côtés des antennes Ouest et Nord de l’île.
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