À compter du 1er mars 2026, la Fédération 3977 ne sera plus en charge de la plateforme nationale d’écoute et d’orientation dédiée aux situations de maltraitance envers les personnes âgées et les personnes en situation de handicap.

L’article 13 de la loi Bien Vieillir du 8 avril 2024 prévoyait en effet la mise en place de cellules dédiées au recueil, au suivi et au traitement des signalements de maltraitance à l’égard des personnes majeures en situation de vulnérabilité, ainsi que la création d’un numéro d’appel national unique pour le signalement de faits de maltraitance. Après appel d’offres, la Direction des finances, des achats et des services du ministère du Travail et des Solidarités a pris la décision de confier cette mission à un opérateur privé, Qualisocial, qui se présente comme « spécialiste de la santé mentale et du bien-être au travail », mais qui n’a jamais géré de plateforme téléphonique similaire. Seulement, son offre serait économiquement plus avantageuse.

France Assos Santé exprime son inquiétude face à cette décision, qui met fin à un dispositif historique reconnu pour son expertise, son indépendance et son engagement au service des droits des usagers. Créé en 1995, le 3977 et les centres Alma se sont en effet imposés au fil de trois décennies comme un repère essentiel pour les personnes confrontées à des situations de maltraitance, qu’elles en soient victimes ou témoins. En offrant une écoute spécialisée, attentive et humaine, ce dispositif associatif a permis à des milliers de personnes, souvent isolées et fragilisées, de trouver un espace sécurisé pour s’exprimer et être orientées vers des réponses adaptées. Depuis 2014, l’État reconnaissait lui-même la Fédération 3977 comme son partenaire national pour assurer cette mission d’intérêt général. En 2024, le 3977 a reçu plus de 60 000 appels, sans aucune médiatisation.

La décision de confier cette mission à un opérateur privé lucratif marque également une rupture profonde. Elle interroge la place accordée à l’expertise associative et à la connaissance du terrain dans la construction des politiques publiques de lutte contre les maltraitances. Pour couronner le tout, il est prévu que le numéro change, avec un délai de 4 mois de vacance, le temps de la transition.

France Assos Santé alerte sur les conséquences potentielles de cette évolution. La lutte contre les maltraitances ne peut se réduire à une logique de prestation ou de marché. Elle repose sur une écoute qualifiée et indépendante. La Fédération 3977 a fait ses preuves en tant que tête du réseau associatif des centres Alma. Les bénévoles de ces centres, présents dans la plupart des départements, écoutent, analysent, accompagnent, orientent les personnes victimes de maltraitance. Ils sont capables d’agir dans la durée, d’orienter les appelants vers les acteurs locaux (conseils départementaux, CCAS, travailleurs sociaux…) et de coopérer avec ces structures tout en plaçant l’intérêt des personnes devant toute autre considération.

La disparition du 3977, tel qu’il existait jusqu’à présent, fait peser un risque réel sur la qualité de l’accompagnement et sur la capacité des victimes à faire entendre leur parole. Après l’annonce du report du plan Grand âge, ce choix envoie à nouveau un signal inquiétant quant au décalage avec les besoins réels des personnes âgées et des personnes en situation de handicap, qui requièrent une prise en charge fondée sur la compréhension fine de situations humaines complexes.

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