Après de longues années de concertations et d’échanges, la profession de pharmacien se dote enfin d’un nouveau code de déontologie, publié au Journal officiel début mars. Il s’agit d’un texte du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens qui encadre leurs droits et devoirs dans leur exercice professionnel. Cette nouvelle version répond à des enjeux d’actualité. Au rayon des nouveautés, on trouve une obligation d’action en cas de suspicion de violences, des dispositions sur la publicité notamment en ligne, le secret professionnel, etc.

Surtout, cette nouvelle version inscrit de manière forte et claire les enjeux numériques :

« Art. R. 4235-10. – Le recours par le pharmacien à des outils et services numériques s’effectue dans le respect des règles de déontologie de la profession et des règles d’identification, de sécurité et d’interopérabilité des services numériques en santé définies aux articles L. 1470-1 et suivants. Il n’altère pas la qualité de la prise en charge du patient, ni celle des actes professionnels réalisés.
Le pharmacien s’assure auprès du patient que celui-ci est en capacité d’utiliser ces outils et services numériques. »

Un signal fort et positif pour les patients, qui nous laisse espérer des changements concrets dans les pratiques. En particulier pour le partage sécurisé des informations de santé.

Dans les faits, de très nombreuses officines utilisent des adresses mails non spécifiques à la santé, notamment pour la réception d’ordonnances. Or, celles-ci n’apportent pas de garanties de sécurité concernant le contenu partagé qui est hautement sensible, les ordonnances comportant l’identité du patient et permettant de déduire des éléments diagnostics. Une attention qui devra aussi se porter à l’ensemble des services ou plateformes numériques qu’ils pourront utiliser, et qui peuvent représenter des vulnérabilités pour les données de leurs patients. Un enjeu fort à l’heure où les fuites de données se multiplient dans tous les domaines.

L’inscription dans le code de déontologie de la préoccupation liée à la capacité des patients à utiliser les services numériques est également un très bon point. Alors que 16 millions de personnes en France sont éloignées du numérique dont 1 jeune sur 5, et que la moitié des adultes ont besoin d’aide pour effectuer des démarches en ligne, il est essentiel d’avoir une attention vers ces publics. Le numérique peut être très utile mais il ne doit pas s’imposer à tous sous peine d’en exclure une partie. Les pharmaciens devront donc veiller à conserver des alternatives à leurs services numériques et à orienter les usagers vers des services d’accompagnement numérique (Espaces France Service pour ameli.fr, Mon espace santé, et autres acteurs locaux de médiation numérique).

D’autres défis sont encore à relever, en particulier au sujet de l’intelligence artificielle qui débarque en force dans les officines. Il faudra voir si ce nouveau code de déontologie permettra de répondre aux enjeux soulevés par l’IA. L’Art. R4235-34 précise que le pharmacien « s’abstient de proposer des prestations illusoires ou insuffisamment éprouvées sur le plan scientifique ». Certes, mais les pharmaciens ne sont pas toujours à même de repérer les solutions de confiance, comme nous l’évoquions, l’été dernier, dans notre article consacré aux faux espoirs et vrais dangers à l’ère de l’IA : la téléexpertise dermatologique sur le grill.

Le travail ne fait que commencer pour l’Ordre national des pharmaciens qui mettra prochainement à disposition des officines un guide pratique pour faciliter l’application de ces nouvelles dispositions.  Gageons que ce code soit la fondation pour des pratiques numériques encore plus vertueuses et respectueuses des patients.

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