Si les risques de transmission de maladies infectieuses font l’objet de nombreuses alertes à l’hôpital, on parle moins de l’hygiène des soins en cabinet ou en laboratoire de ville. Bien que les gestes soient souvent moins invasifs qu’en milieu hospitalier (voir notre fiche sur les risques liés à un acte de soins), il y a quelques situations à risques, et surtout des gestes de base à adopter pour sensibiliser de façon générale les professionnels de santé ET les patients, à se protéger réciproquement.

Faisons le point avec l’aide du Docteur Parneix, Président du CCLIN Sud-Ouest (Centre de Coordination de lutte contre les infections nosocomiales), au Centre hospitalier universitaire Pellegrin à Bordeaux.

Se laver les mains, la meilleure façon d’éviter la propagation d’infections

Nous vivons dans un monde de bactéries, microbes et virus. L’Institut national de Prévention et d’Education pour la santé (Inpes) rappelle que 80% des microbes et bactéries sont transmis par les mains… Le lavage des mains est LA mesure d’hygiène la plus importante pour la prévention des infections, indique l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), car elle interrompt tout simplement la chaîne de risques de contamination infectieuse.

En médecine dite de ville, comme ailleurs, deux possibilités faciles à mettre en œuvre : se laver les mains au lavabo ou se frictionner les mains avec un gel antibactérien à base d’alcool. Le lavage des mains avec de l’eau et du savon, si l’on veut qu’il soit efficace, est un processus assez complexe qui se poursuit jusqu’au séchage. Il n’y a donc aucun problème si le professionnel de santé qui s’occupe de vous procède à un « bon lavage des mains » ou se désinfecte les mains avec un gel hydroalcoolique, de préférence entre chaque patient…

Dans la salle d’attente de son médecin

L’idéal est de mettre à disposition un distributeur avec une solution hydroalcoolique pour que les patients aussi puissent se désinfecter les mains. Il n’est pas inutile, d’ailleurs, d’avoir un petit flacon dans sa poche ou son sac. En réalité, le principal risque chez le médecin généraliste, c’est la contamination des patients entre eux, pendant l’épidémie de grippe saisonnière notamment. Le meilleur moyen de limiter la propagation du virus serait que les malades portent un masque. Là encore, les médecins pourraient en mettre à disposition dans les salles d’attente, mais ce n’est pas vraiment dans la culture française… en tout cas pour le moment.

Chez le pédiatre, les maladies infectieuses infantiles sont nombreuses et les jouets proposés aux enfants sont évidemment une source de contamination possible. Mais il est délicat de ne pas mettre à disposition quelques jouets pour les enfants dans une telle situation. Bien entendu les jouets doivent être nettoyés tous les jours. À vrai dire, la meilleure arme pour éviter le risque infectieux serait de gérer au mieux le flux des patients pour qu’il y ait le moins d’attente possible, mais c’est un challenge difficile car il y a forcément des imprévus chez le médecin.

Dans le cabinet médical lui-même

Au cabinet de ville d’un médecin généraliste, ce dernier pratique a priori peu de soins invasifs (intervention chirurgicale, endoscopie urinaire, bronchique ou des voies bilaires, cathétérisme veineux, artériel ou urinaire, injection intra-musculaire ou intra-veineuse). Le plus grand risque de contamination infectieuse ne vient pas du médecin mais plutôt des malades entre eux. Cependant, il apparaît que les médecins ne montrent pas forcément le bon exemple… En effet, une enquête sur l’hygiène en médecine générale, menée en 2008 dans le cadre d’une thèse, auprès de 32 médecins généralistes des Hauts-de-Seine, révèle que :

  • 41% des médecins affirment se laver les mains avant et après l’examen de chaque patient,
  • 30% déclarent respecter la procédure recommandée pour le nettoyage du matériel médical,
  • 3% utilisent un produit détergent-décontaminant adéquat,
  • l’équipement des locaux ne répond pas aux recommandations ministérielles, puisque seulement 59% des médecins visités ont un lavabo dans leur salle de consultation.

… Or il est vrai que les patients sont en droit d’attendre que le médecin se désinfecte les mains avec une solution hydroalcoolique entre deux patients, surtout s’il a effectué un examen médical.

Au laboratoire d’analyses médicales, les règles d’hygiène des soins

Lors d’un prélèvement sanguin, du fait qu’aujourd’hui en France des aiguilles à usage unique sont utilisées, le principal risque infectieux encouru est pour le professionnel de santé, surtout s’il ne porte pas de gants.

Évidemment, il y a quelques gestes de base à respecter là encore : se laver les mains avec un désinfectant pour les mains à base d’alcool entre deux patients, désinfecter la peau de son patient là où l’on va faire le prélèvement sanguin ; et dans l’idéal il faudrait que l’infirmier(ère) ou le médecin qui pratique le prélèvement ne porte ni montre, ni bague, ni bracelet qui peuvent véhiculer d’éventuelles infections.

En gynécologie, les recommandations d’hygiène indispensables

Le geste pour un examen ou un prélèvement vaginal est évidemment plus invasif et les recommandations sont alors plus strictes. La solution hydro-alcoolique, le retrait des bijoux aux doigts et aux poignets et le port de gants sont INDISPENSABLES.

En ce qui concerne le matériel, le speculum notamment, il doit être soit à usage unique, soit stérilisé. Le nettoyer à l’alcool ne suffit pas. Qu’il soit à usage unique ou stérilisé, le speculum doit être obligatoirement sorti d’un emballage (le processus veut que l’on emballe le matériel stérilisé). Idéalement, le professionnel de santé le déballera devant vous, et si vous en ressentez le besoin, vous pouvez lui indiquer que ce sujet vous inquiète et que vous aimeriez voir cette étape de déballage. Avec un sourire, ça passe toujours mieux !

Chez le dentiste, l’hygiène des mains doit être scrupuleuse

Là aussi, le risque infectieux est un peu plus important car les soins sont plus invasifs. Aujourd’hui en France, dans les cabinets de dentiste, on a un bon niveau de maîtrise des processus de stérilisation et les dangers sont minimes. Mais si l’hygiène est, pour vous, un point sensible, vous pouvez là encore demander lors d’une première visite, par exemple à l’assistante dentaire, de vous montrer comment se déroule le traitement du matériel. A priori elle n’a rien à cacher et sera contente que vous vous intéressiez à son métier ! Encore une fois, tout se passe souvent pour le mieux si l’échange est bienveillant. En revanche, si le dentiste refuse catégoriquement d’être transparent sur son mode de stérilisation, vous avez absolument le droit de partir…

Le dentiste se doit de respecter une hygiène des mains scrupuleuse, de porter des gants, un masque, voire des lunettes (celles-ci davantage pour sa propre protection). Il est préférable qu’il ne porte pas de bijoux, mais s’il garde son alliance, il n’y a cependant pas de grand danger.

Les soins à domicile

Lorsque vous recevez des soins à domicile, le professionnel de santé qui arrive, doit se laver les mains, soit au lavabo, soit avec un produit antiseptique. Il peut être amené à porter un tablier à usage unique si le soin nécessite un contact rapproché. En fait, les étapes d’asepsie (l’asepsie, c’est le fait de prévenir les maladies infectieuses en empêchant la contamination par des bactéries, des microbes, des parasites ou d’autres germes d’une zone déterminée) sont plus ou moins importantes suivant que le geste pratiqué est plus ou moins invasif, ainsi que nous l’avons vu dans les différentes situations ci-dessus.

S’il y a une injection ou un prélèvement, le professionnel de santé doit placer l’aiguille dans un collecteur adapté et repartir avec.

Dans tous les cas, si vous avez un doute, une question, une angoisse, n’hésitez pas à parler avec les professionnels de santé qui vous prennent en charge, ils sont là pour prendre soin de vous, et donc répondre à vos interrogations, vos craintes !

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