Quelle place pour le bénévolat en santé aujourd’hui en France ? La réponse est à lire dans le rapport BEST de France bénévolat rendu public le 5 février dernier, soit plus de 100 pages réunies sous le titre « Le bénévolat dans le domaine de la santé ». Ce travail collectif a été présenté à l’occasion d’un colloque organisé à Paris, en présence de nombreux acteurs du secteur, dont France Assos Santé, venus témoigner de leur engagement, mais aussi des limites et défis auxquels ils doivent faire face. Etat des lieux.
C’est sous les ors de la somptueuse et vaste salle des citoyens de la mairie du 18e arrondissement de Paris que France Bénévolat a convié le 5 février dernier les acteurs associatifs engagés dans le domaine de la santé et du médico-social, ainsi que des professionnels de santé, à un colloque consacré au thème des bénévoles en santé – « une présence essentielle au cœur du soin », dixit son intitulé. Un sujet qui ne doit rien au hasard puisque c’est le propos du rapport BEST (« Bénévoles engagés en santé ») que France Bénévolat a rendu public ce même jour. Et rien de mieux pour accompagner sa sortie que de donner la parole à celles et ceux qui sont cités dans le rapport. Un rapport, a tenu à rappeler François Bouchon, le président de France Bénévolat, dans sa déclaration liminaire, qui est le « fruit d’un travail collectif, en dialogue avec les associations ». Outre des retours d’expérience, on y trouve des chiffres (entre 35 000 et 40 000 associations relevant du champ de la santé, soir 3 % de l’ensemble des associations actives en France), des comparaisons avec d’autres pays de l’OCDE et, aboutissement de cette enquête initiée début 2025, 16 propositions structurées autour de deux axes complémentaires : d’une part, consolider et mieux reconnaître la place des associations et le rôle des bénévoles en santé, d’autre part, adapter le cadre d’intervention aux nouveaux défis.
« Un filet de sécurité »
C’est donc autour de ces deux préoccupations que se sont articulées les trois tables rondes au programme du colloque, entrecoupées de témoignages illustrant les précieuses actions et/ou contributions d’acteurs associatifs, encore trop souvent invisibilisées. « Le bénévolat en santé est un angle mort », a regretté Nicolas Mitjavile, auteur et coordinateur du rapport, lors de la première table ronde consacrée à en dresser un état des lieux. « Dans un contexte de très forte tension de notre système de santé, le bénévolat représente aujourd’hui un apport décisif », a-t-il repris, quels que soient les domaines d’intervention – précarité, isolement, pédiatrie, maladie, fin de vie, etc., avant d’ajouter : « Ce qui est au cœur du bénévolat en santé, c’est le lien humain, du berceau aux soins palliatifs ».
Moteur d’émancipation, facteur de bien-être, etc., pour Marie-Christine Roquette, de la Croix-Rouge française, « Le bénévolat agit sur la santé physique et psychologique des personnes soutenues : c’est un filet de sécurité en temps de crise mais aussi sur le long terme ». De plus en plus de soignants en établissements de santé en sont d’ailleurs conscients. Témoin, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) qui accueille, sur l’ensemble de ses 38 sites, quelque 2 000 bénévoles issues de 250 associations. « Les bénévoles n’interviennent pas dans le soin, ils ont un rôle d’appui », a développé Paule Kujas, de la Direction qualité partenariat patient à l’APHP, qui place cette présence sous le signe de la complémentarité. « Il faut faire évoluer le regard des pouvoirs publics sur les associations investies dans le champ sanitaire afin qu’ils les considèrent comme des partenaires essentiels et non pas comme des supplétifs », a abondé Marie-Christine Roquette.

De nouvelles formes d’engagement
Le plus souvent, le bénévolat en santé est spontanément associé aux maraudes, aux groupes de paroles ou d’écoute, à l’aide aux personnes isolées ou encore à l’animation, voire à l’enseignement, en particulier auprès des enfants hospitalisés. Pourtant, depuis quelques années, il s’est diversifié, voire enrichi. C’est le cas par exemple avec les patients experts ou patients partenaires, que l’on peut croiser notamment en addictologie et/ou en psychiatrie. Le point commun ? Être eux-mêmes d’anciens patients dont la propre expérience permet d’instaurer avec les personnes soignées un climat de confiance et de compréhension réciproque de type « pair à pair ». Le patient expert ou partenaire est alors perçu comme un modèle. « Il est une aide décisive en tant que preuve du pouvoir d’agir et de la résilience », selon Marie-Christine Roquette.
Autre pan important du bénévolat en santé, l’expression de la démocratie en santé, dont France Assos Santé se fait le chantre. « Cette mission, inscrite dans le code de la santé, est portée par des représentants des usagers, ou RU, dont le rôle est d’améliorer la qualité et la sécurité des soins dispensés dans les établissements de santé, de s’assurer que les droits des patients et de leurs proches sont respectés et, le cas échéant, de recueillir leurs plaintes ou réclamations », a détaillé Mathilde Dissoubray, chargée d’animation du réseau associatif chez France Assos Santé, lors de la troisième et dernière table ronde consacrée aux défis d’aujourd’hui et aux engagements bénévoles de demain. Nommés par l’agence régionale de santé (ARS) dont dépend l’établissement où ils sont appelés à siéger, sur proposition de l’association à laquelle ils appartiennent, les RU s’expriment au nom de tous les patients et usagers du système de santé – c’est la particularité de ce mandat d’une durée de trois ans. A noter que cette forme de bénévolat peut aussi s’exercer dans d’autres instances, au niveau local, régional ou national.
Accessibilité et flexibilité
En matière de défi, le recrutement de nouveaux profils est un enjeu majeur, si l’on en croit les associations conviées au colloque – dans un contexte de recul du taux d’engagement des plus de 65 ans (24 % en 2025 contre 38 % en 2010). Selon le rapport BEST, le portrait-robot du bénévole investi dans le secteur de la santé serait plutôt celui d’une bénévole : 59 % sont des femmes et l’âge oscille majoritairement entre 50 et 75 ans. La fourchette est large, mais selon le type de bénévolat, la moyenne est nettement plus haute. A la Société Saint-Vincent de Paul, par exemple, l’âge moyen est de 67 ans. De son côté, Mathilde Dissoubray a indiqué que les RU sont également plutôt âgés et qu’il faudrait, de fait, faciliter l’engagement d’autres profils, en particulier actifs. « La plupart des réunions en commission des usagers, l’organe où se concertent direction de l’établissement et RU, se tiennent en journée, ce qui exclut bien souvent les salariés. » Parmi les propositions listées par France Bénévolat, la numéro 5 appelle justement à lever les freins – administratifs et financiers notamment – à l’engagement bénévole en santé.
C’est d’autant plus important que, bonne nouvelle, contrairement à une idée reçue, l’investissement des jeunes est loin d’être anodin. Selon les chiffres du rapport, 45 % des bénévoles ont entre 15 et 34 ans. « De plus en plus de personnes ont besoin de sens et, donc, de s’engager, a décrypté Nicolas Mitjavile. Mais les jeunes n’ont pas la même disponibilité, ils sont davantage portés sur les missions. » On les dit aussi plus volatils que leurs aînés. Légende ? « C’est à nous de changer notre regard et de nous adapter », a répondu Véronique Loyer, de la Fondation Claude-Pompidou. Si les jeunes avaient plutôt tendance à s’orienter vers les associations qui viennent en aide aux personnes en situation de précarité, depuis le Covid, ils s’engagent davantage dans les actions visant à aller vers les personnes isolées. « Il existe une grande diversité d’associations, a insisté Véronique Loyer. A chacun de trouver la mission qui lui convient et de la choisir. Jeunes ou seniors, il y a de la place pour toute le monde. » Le bénévolat requiert aussi un accompagnement des personnes qui s’engagent auprès d’une association, ce que Sylvie Lattanzi, chargée de relation à l’association Petits frères des pauvres, appelle « le bénévolat des petits pas » : « Il faut offrir aux bénévoles la possibilité d’une montée en compétences, en proposant des missions intermédiaires pour leur permettre d’aller en toute sécurité vers des tâches plus complexes. » Autre sujet essentiel : la formation. C’est particulièrement vrai dans le champ de l’accompagnement en fin de vie, représenté par Françoise Desvaux, de l’association Être-là, mais également dans le cadre de la représentation des usagers – France Assos Santé forme chaque année des centaines de RU pour leur permettre de conduire au mieux leur mandat, tout au long de leur parcours.
« Planter des graines »
Dans tous les cas, pour lever les freins à l’engagement, « il faut planter des graines, a lancé Véronique Loyer. Il faut créer des environnements favorables pour parler aux enfants, dès leur plus jeune âge, de l’engagement, les sensibiliser via des ateliers pour leur faire éprouver ce qu’est la surdité, par exemple, au grand âge ou à la perte d’autonomie, bref encourager l’empathie et le lien social ». Comme l’ont souligné la plupart des intervenants, on a tout (et tous) à y gagner à s’engager, en termes de confiance en soi, de compétences acquises, d’enrichissement personnel et de bien-être aussi.
Témoignage de Grace Kabokola, 24 ans, administratrice chez Nightline :
J’ai rejoint Nightline France en 2022, à l’issue de la pandémie. J’étais à la Fac, en psychologie, et ça a été une période isolante, avec cours en Visio, etc. Depuis quelques temps, je réfléchissais à faire du bénévolat, l’épisode du Covid a été un déclic. A Nightline, association qui agit pour une meilleure santé mentale des étudiants, je me suis retrouvée au service d’écoute nocturne. Je me suis tout de suite sentie à l’aise : j’ai été formée, accompagnée et, pour tout dire, rassurée de ne pas être seule. Le bénévolat m’a beaucoup apporté et a même façonné la personne que je suis aujourd’hui, puisque cette expérience a décidé de l’orientation de mes études. Nightline m’a en effet permis de découvrir l’importance de la prévention et donné l’envie de m’engager dans le collectif. C’est ainsi que je suis passée de la psychologie en santé à la politique publique en santé. Je suis aujourd’hui en master à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Le bénévolat en santé a une longue vie devant lui !
Sur le même sujet
Articles en relation
-
TDAH – Ecole à la maison et retour à l’école
Pour les familles ayant un ou plusieurs enfants souffrant d’un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), ces...


