Les seconds États généraux de l’obésité ont lieu ce 4 mars au ministère de la Santé. Les enjeux sont multiples alors que le nombre de personnes concernées en France ne cesse d’augmenter. Un véritable sujet de santé publique au croisement de problématiques d’alimentation mais aussi environnementales et/ou sociales.

Selon la dernière étude en date sur le sujet publiée en 2024, près de 18 % de la population adulte française est en obésité, ce qui représente environ 10 millions de personnes – chiffre qui devrait doubler d’ici à 2030, selon les prévisions de l’Organisation Mondiale de la santé. Les causes de la maladie sont multiples et complexes, mêlant entre autres des facteurs alimentaires, génétiques ou encore environnementaux. Ses effets sont considérables, avec 19 maladies associées, dont le diabète, les pathologies cardio-vasculaires, l’insuffisance rénale, mais aussi l’apnée du sommeil et certaines formes de cancers. Sans parler des répercussions en particulier sur la santé mentale. Organisés par le collectif national des associations d’obèses (CNAO), qui défend et accompagne depuis plus de vingt ans les personnes souffrant d’obésité, et sous le haut patronage de l’Elysée, ces seconds États généraux de l’obésité ont une nouvelle fois pour but de tirer la sonnette d’alarme. Experts, patients, professionnels de santé, décideurs politiques, ou encore industriels de l’agroalimentaire et laboratoires participent à cette journée de tables rondes.  « L’objectif est d’essayer que toutes les parties prenantes prennent conscience de cette vague qui ne cesse de monter. Afin d’inverser la tendance, chacune à son échelle doit être en mode actif pour faire bouger les choses dans le bon sens », explique Anne-Sophie Joly, présidente-fondatrice du CNAO.

Quelques avancées, beaucoup de retards

Pour elle, il s’agit collectivement de faire un point d’étape, confronter des réalités de terrain, et coordonner des actions, alors que vient d’être publiée la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 2025/2030 (SNANC) censée mettre en cohérence les politiques publiques touchant à l’alimentation des différents ministères (Santé, Agriculture et Transition écologique). Après deux ans de reports successifs, elle a enfin été dévoilée le 11 février dernier par le gouvernement. Très attendue, son arrivée a réjoui bon nombre d’acteurs engagés dans les domaines de la santé, de l’environnement et de la solidarité. Mais sur son contenu, les réserves voire les déceptions sont grandes. Pas de quoi sabler le champagne, a résumé, pour sa part, France Assos Santé. Trois enjeux majeurs sont laissés pour compte : le marketing de la malbouffe ciblant les enfants, l’alimentation ultra-transformée et la consommation de viande, dont « les liens avec l’obésité sont pourtant démontrés », affirme Stéphanie Pierre, conseillère santé publique de l’union.

La publication de la SNANC doit toutefois permettre de débloquer celle du non moins attendu cinquième volet du Programme National Nutrition Santé (PNNS 5). Lancé en janvier 2001 sous pavillon du ministère de la Santé, ce plan a pour objectif général l’amélioration de l’état de santé de l’ensemble de la population en agissant sur l’un de ses déterminants majeurs : la nutrition, au sens de l’alimentation, et l’activité physique. L’une de ses traductions grand public est un ensemble de recommandations sur l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité rassemblées sous le désormais bien connu slogan « manger bouger ». « Cela fait deux ans que le PNNS 4 dont j’ai présidé le Comité de suivi est terminé. Ce cinquième volet est prêt mais en toute logique, il ne pouvait sortir tant que la SNANC qu’il va décliner n’était pas publiée. Le contexte politique et budgétaire a aussi joué défavorablement. Mais deux ans de retard, c’est trop au regard des enjeux qui en découlent », rappelle le Pr Daniel Nizri, Inspecteur général honoraire des affaires sociales qui co-introduira ces seconds États généraux de l’obésité en tant que personnalité qualifiée au Conseil national de l’alimentation.

Pas qu’une question d’alimentation

« L’alimentation n’est pas sur le haut des dossiers du gouvernement et c’est problématique. Au-delà des questions de santé publique, elle est au centre d’enjeux majeurs de société. Elle représente 24 % de l’empreinte carbone de la France, avec des impacts environnementaux et sanitaires estimés à 19 milliards d’euros par an. Il est urgent de réduire les inégalités d’accès à une alimentation saine et choisie : 16 % de la population est en précarité alimentaire ! Sans oublier la nécessité de garantir davantage de débouchés et une meilleure rémunération aux agricultrices et agriculteurs français », renchérit Stéphanie Pierre de France Assos Santé. En attendant le PNNS 5, en particulier son volet prévention, un de ses éléments a déjà vu le jour. Il s’agit de la feuille de route obésité 2026/2030 lancée mi-janvier. Elle concerne uniquement la prise en charge médicale des personnes en situation d’obésité. « Attendons de voir comment elle va être mise en application, mais elle contient des pistes intéressantes sur la coordination des soins, en particulier entre ville et hôpital, ou encore sur la formation indispensable des professionnels de santé sur l’obésité et la nécessité qu’ils aient du matériel adapté pour les patients », observe Anne-Sophie Joly du CNAO.

Feuille de route obésité, SNANC, PNNS 5 à venir, autant de sujets, entre autres, qui vont animer les débats lors de ces États généraux de l’obésité 2026. Ils seront également l’occasion de dénoncer les stigmatisations dont sont victimes nombre de personnes grosses ou en surpoids. C’est précisément pour sensibiliser l’ensemble de la société à cette violence sociale, médiatique et médicale aussi que l’association StéréO (contraction de stéréotypes et obésité), membre du collectif, a lancé la première enquête nationale de victimisation, via son questionnaire de victimation lié au poids qui s’adresse aux personnes concernées par la grossophobie – premiers résultats attendus au printemps prochain. Ce mercredi, la question du poids économique, social et professionnel de la non-prise en compte de l’obésité sur notre avenir sera aussi abordée.

Un appel à un sursaut des pouvoirs publics

Plus largement, ce rendez-vous du 4 mars doit sonner l’heure de la mobilisation générale. « L’obésité, qui ne fait toujours pas partie malheureusement des pathologies qualifiées d’affection longue durée (ALD) par la sécurité sociale, ne doit plus être traitée comme un simple indicateur d’état de santé. Il faut regarder la complexité et la spécificité de cette authentique maladie, la déstigmatiser tant chez les patients, qui ne doivent pas être culpabilisés, que chez les professionnels de santé. Et pour cela, la France doit se doter d’un plan à dix ans, interministériel, avec un budget au long cours, à l’image des plans cancer », développe le Dr Antoine Epin, médecin généraliste et nutritionniste, spécialisé dans l’accompagnement des personnes vivant avec une obésité.

« C’est une maladie de la société plus que de la personne, rebondit le Pr Nizri. Les piliers de la prise en charge sont l’éducation, l’information et la mobilisation de tous les acteurs y compris hors du champ sanitaire. Par exemple, partout où l’on aménage la ville pour favoriser les mobilités actives, ce qui ne relève pas du ministère de la Santé, on contribue à la prise en charge du surpoids et de l’obésité. » Pour le cancérologue, l’obésité est « un marqueur des inégalités sociales comme l’était le cancer dans les années 1990 ». A cet égard, il en va aussi de la préservation de notre système de protection sociale. Anne-Sophie Joly du CNAO reconnaît que « le chantier est titanesque ». Mais pas question de baisser les bras. D’ailleurs, l’une des ambitions du collectif d’associations est d’annoncer, en conclusion de ces seconds États généraux, sa volonté de peser sur les programmes des candidat(e)s en piste dans la course à l’Elysée pour 2027, en les questionnant sur leurs visions de la santé et en publiant leurs réponses. Le sujet de l’obésité réclame un engagement réel et concret.

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