Les récentes annonces gouvernementales sur les arrêts de travail confirment une orientation désormais bien installée : face à une hausse des dépenses jugée préoccupante, la réponse sera d’abord budgétaire. Encadrement des prescriptions, contrôles renforcés, responsabilisation des assurés comme des médecins — le diagnostic posé est clair.
Mais il reste incomplet.
Comme cela a déjà été documenté, la progression des indemnités journalières s’explique avant tout par des facteurs structurels : vieillissement de la population active, inflation, effets durables de la crise sanitaire. Rien ne permet aujourd’hui d’établir que les abus constitueraient le moteur principal de cette hausse.
Dans les discours récents, certaines références à la prévention ou aux conditions de travail existent. Elles restent toutefois marginales, évoquées à la périphérie d’un raisonnement qui demeure centré sur la régulation et le contrôle. La santé mentale, pourtant au cœur de l’évolution des arrêts de travail, est quant à elle largement absente.
Ce décalage interroge.
Car traiter la question des arrêts de travail sans en interroger les causes conduit mécaniquement à privilégier des réponses de court terme, dont l’efficacité reste incertaine. À l’inverse, les leviers de fond sont connus : renforcer la prévention, améliorer les conditions de travail, mieux articuler les acteurs de santé autour des travailleurs.
Cela suppose notamment de donner toute sa place au service de santé au travail, de renforcer le lien avec le médecin traitant, et surtout de développer un accompagnement des situations individuelles, en particulier lorsque celles-ci deviennent complexes.
En l’état, la stratégie retenue prend le risque de déplacer le regard vers les comportements individuels plutôt que vers les déterminants collectifs.
Une politique efficace ne peut pourtant faire l’économie d’un investissement réel dans la prévention et l’accompagnement !


