Face à la dégradation préoccupante des comptes sociaux, la Cour des comptes appelle, dans son rapport sur les comptes 2025 de la Sécurité sociale, publié le 26 mai dernier, à renforcer la maîtrise des dépenses de santé. Le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et la progression continue des dépenses de santé posent un défi réel à la soutenabilité de notre modèle solidaire. Ignorer cette réalité serait une erreur.
Pour autant, derrière les pistes avancées se dessine une orientation préoccupante : celle d’une augmentation progressive de la part des dépenses supportée par les usagers.
Hausse des franchises, réduction de certaines prises en charge, transfert accru vers les complémentaires santé : autant de mesures qui conduisent à augmenter les restes à charge. Or les effets de ces politiques sont désormais bien connus. Les analyses récentes de la DREES montrent que leur impact se concentre sur les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies chroniques et les ménages les plus modestes, c’est-à-dire précisément ceux qui ont le plus besoin du système de santé.
Dans ce contexte, il est difficile de considérer l’augmentation du reste à charge comme une réponse soutenable aux difficultés financières de l’Assurance maladie. Au-delà du risque de renoncement aux soins, ces mesures contribuent à accroître les inégalités sociales de santé et à reporter une part croissante du financement vers les usagers, directement ou via les cotisations aux complémentaires santé.
La question n’est donc pas de nier la nécessité de rétablir l’équilibre des comptes, mais de s’interroger sur les leviers mobilisés pour y parvenir. À cet égard, le rapport paraît privilégier des mesures de court terme plutôt qu’une véritable stratégie de transformation du système.
Les leviers les plus structurants sont peu développés : prévention, lutte contre les inégalités sociales de santé, amélioration de la pertinence des soins, coordination des parcours ou accompagnement des maladies chroniques. Pourtant, ce sont précisément ces investissements qui peuvent améliorer durablement l’état de santé de la population tout en contribuant à la soutenabilité du système.
La soutenabilité financière de notre système de santé est un impératif. Mais elle ne pourra être durablement assurée sans une vision de long terme conciliant équilibre des comptes, qualité des prises en charge et égalité d’accès aux soins.
Sur le même sujet
Articles en relation
-
Doublement des franchises et des participations forfaitaires : quand le gouvernement assume de punir les personnes malades !
Au cœur de l’été, les projets de décrets visant à, encore, doubler le montant des franchises et des participations forfaitaires...


