Depuis plusieurs années, les personnes atteintes de pathologies oculaires sévères traversent une crise sans précédent. En 2023 déjà, d’importantes ruptures d’approvisionnement avaient fragilisé l’accès à la vitamine A Dulcis produite par le laboratoire AbbVie. En juin 2025, la décision brutale du laboratoire d’arrêter sa commercialisation a fait basculer des milliers de patients dans l’incertitude.

Depuis lors, l’accès à la vitamine A ophtalmique repose sur des solutions transitoires, des importations et une mobilisation constante des associations de patients et des autorités sanitaires. Ce 16 février, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a présenté aux parties prenantes des avancées majeures.

Oui, la situation s’améliore. Mais cette crise n’aurait jamais dû exister.

Les progrès annoncés sont le résultat d’une mobilisation collective déterminée, pour garantir la continuité des traitements et la sécurité des patients. Rien n’a été spontané : il a fallu une pression constante des associations de patients pour que celles-ci obtiennent finalement la stabilisation et l’augmentation de l’approvisionnement en vitamine A importée (Blache), ainsi que le remboursement de dispositifs médicaux alternatifs.

On ne le rappellera jamais assez : cette crise trouve son origine dans la décision d’un laboratoire pharmaceutique d’interrompre la continuité d’un traitement indispensable. Le 4 février 2026, le PDG d’AbbVie, Robert A. Michael, déclarait : « 2025 a été une année exceptionnelle pour AbbVie. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires net record dès la deuxième année complète (…) Nous avons également fait progresser de nouveaux traitements prometteurs pour les patients, tout en enrichissant notre portefeuille de produits grâce à des investissements stratégiques ».

Dans le même temps, des milliers de patients dépendants d’un traitement stable et efficace ont dû multiplier les démarches pour trouver des alternatives, affronter des ruptures en pharmacie, subir des changements de traitement en urgence et vivre avec la crainte d’une aggravation irréversible de leur état de santé. Cette situation a créé une insécurité sanitaire inacceptable.

L’ANSM a confirmé qu’une analyse juridique concernant d’éventuelles sanctions était en cours. Nous le disons clairement : si des manquements aux obligations réglementaires sont établis, des sanctions devront être prononcées. Laisser un tel épisode sans conséquence créerait un précédent extrêmement préoccupant.

Un laboratoire ne peut pas s’affranchir de ses responsabilités : ne pas informer les associations de patients de ruptures d’approvisionnement, interrompre brutalement un médicament d’intérêt thérapeutique majeur en violation de la loi, déstabiliser des parcours de soins et exposer des patients vulnérables à des risques évitables. Ce n’est pas une question symbolique. C’est une question de protection des patients et d’équilibre du système de santé.

Cette crise révèle, une nouvelle fois, la fragilité du modèle actuel lorsque des médicaments d’intérêt thérapeutique reposent sur un nombre restreint d’acteurs industriels. France Assos Santé demande le renforcement des obligations encadrant les arrêts de commercialisation et l’application rigoureuse des dispositifs légaux prévus pour protéger les patients.

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