Près de 17 millions de Français souffrent de douleurs chroniques rhumatismales. A l’occasion de la Journée Mondiale des rhumatismes, ce 15 octobre, les associations de patients concernés, notamment l’AFLAR et l’AFPric, sont mobilisées pour une meilleure prise en charge.

Un fléau invisible. Environ 1,3 milliard de personnes souffrent de douleurs rhumatismales et musculosquelettiques à travers le monde et près de 17 millions en France, selon les estimations de la Fondation Arthritis. Contrairement aux idées reçues, elles ne touchent pas que les seniors : 28 % des 35-54 ans sont concernés, ainsi que 21 % des 55-64 ans, 21 % des 65-74 ans et 28 % des plus de 75 ans. Pour 3 Français sur 4, ces douleurs chroniques ont de lourdes répercussions sur le sommeil, la vie professionnelle, familiale et de couple. S’il existe plus de 200 maladies rhumatismales différentes, l’arthrose est la plus fréquente, avec plus de 10 millions de personnes touchées en France. Les douleurs sont alors qualifiées de permanentes pour deux-tiers des personnes, selon une enquête de l’Inserm sur le sujet, publiée en juin 2025. Les principaux facteurs déclencheurs sont le stress (17 %), les changements météo (15 %) et la fatigue (14 %).

« Handicap », « souffrance », « fatigue », « insupportable » sont les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche des personnes interrogées dans cette enquête Inserm, ce qui rejoint le témoignage d’Anne-Christine Blanchet, patiente-experte à l’Association Française des Polyarthriques (AFPric), atteinte d’une forme sévère de polyarthrite rhumatoïde.

Pendant longtemps, mon rapport à la douleur chronique a été très compliqué. Je ne voyais pas comment j’allais m’en sortir, j’avais le plus grand mal à gérer mon quotidien, entre le travail, les déplacements, etc. Le problème n°1, encore aujourd’hui, c’est la fatigue. Si je veux faire une journée comme tout le monde, c’est-à-dire réveil 7h, métro, travail, déjeuner, etc., le soir je suis hors-service et je vais mettre trois jours à m’en remettre. J’ai mis longtemps à apprendre à écouter ma douleur et adapter mon rythme.

Une douleur mal entendue et mal expliquée

Cet impact sur la vie quotidienne n’est pas toujours bien pris en compte par les médecins, alors qu’il est majeur. « L’arthrose des mains ou du genou induit des douleurs très fortes et handicape au quotidien. Ce n’est pas parce que cette douleur est invisible qu’elle ne doit pas être entendue ! La personne douloureuse ne devrait pas avoir à convaincre qu’elle a mal, la douleur doit d‘abord être écoutée », déplore Françoise Alliot-Launois, présidente de l’Association Française de lutte AntiRhumatismale (AFLAR). Du côté des patients, la douleur chronique est encore mal comprise, car souvent mal expliquée par le corps médical, estime le Pr Thierry Schaeverbeke, rhumatologue au CHU de Bordeaux. Selon lui, expliquer les mécanismes de la douleur chronique est crucial, afin que les patients adhèrent à leur suivi et leurs traitements. « Dans l’esprit des patients, il suffit de traiter la cause, c’est-à-dire les lésions initiales, pour que la douleur disparaisse. Mais ça ne marche pas comme ça. Si cela est vrai dans la douleur aiguë, ce n’est pas le cas dans la douleur chronique. Dans l’arthrose, l’arthrite ou la fibromyalgie, la douleur chronique déclenche un système d’alarme dans le cerveau, qui reste ensuite activé en permanence. Le cerveau devient hyper-vigilant vis-à-vis des informations qui proviennent du corps », explique le Pr Schaeverbeke.

Lors des poussées inflammatoires, des capteurs nommés nocicepteurs envoient un message électrique le long des nerfs et de la moëlle épinière, jusqu’au cerveau, pour donner l’alerte. Le cerveau amplifie le signal reçu : une stimulation normalement supportable devient très douloureuse (hyperalgie). Même quand la lésion est guérie, l’alarme reste bloquée en position allumée. Puisque la douleur chronique implique le niveau de vigilance du cerveau et l’interprétation des messages reçus, on comprend que les antalgiques qui agissent sur les capteurs articulaires ne suffisent plus à contrôler la douleur. De nombreuses stratégies thérapeutiques actuelles (yoga, activité physique adaptée…) visent à détourner l’attention de ce signal d’alarme.

La place des thérapies non-médicamenteuses

Si la prise d’antalgiques reste incontournable en cas de douleurs rhumatismales chroniques, ils ne sont plus au premier plan dans la prise en charge. Dans ses dernières recommandations de juillet 2022, la Haute Autorité de santé (HAS) indique que la base de la prise en charge des douleurs arthrosiques repose aussi sur :

  • l’activité physique adaptée (APA) :
    C’est le traitement de première intention. « Les exercices de renforcement musculaire et d’endurance en décharge (dans l’eau), ainsi que les étirements sont fondamentaux », souligne le Pr Schaeverbeke. L’APA a démontré son efficacité sur la douleur, la mobilité et la qualité de vie, avec un haut niveau de preuve et sans effets indésirables.
  • la perte de poids en cas de surcharge pondérale :
    Elle est bénéfique pour deux raisons : dans l’arthrose du genou (gonarthrose), par exemple, l’articulation est moins sollicitée quand on a perdu du poids. Par ailleurs, le surpoids est associé à une augmentation des marqueurs d’inflammation, ce qui suractive le signal d’alarme.
  • la kinésithérapie :
    Les bénéfices sont nombreux, notamment une diminution de la raideur et de la peur du mouvement et renforcement des muscles périarticulaires. De plus, le kinésithérapeute peut apprendre au patient des auto-exercices à reproduire tous les jours à la maison.
  • yoga, hypnose et autres approches :
    Ces thérapies non-médicamenteuses sont de plus en plus souvent proposées, car elles permettent de détourner l’attention portée au signal d’alarme et ainsi diminuer le ressenti douloureux. Le yoga notamment bénéficie d’études solides dans l’arthrose.
    L’hygiène de vie a aussi toute sa place, à travers le concept « One Health ».

La place des médicaments

Pour soulager leurs douleurs, 80% des personnes souffrant d’arthrose ont recours à une dizaine de médicaments différents, qu’elles ne jugent pas toujours efficace (enquête Inserm). Quelque 94 % d’entre eux ont déjà testé le paracétamol, et près des deux tiers (62 %) les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Une dizaine d’autres traitements sont également évoqués : la cortisone, citée par près de la moitié des personnes interrogées (47 %), le paracétamol codéiné (40 %), le tramadol (38 %), le paracétamol-tramadol (36 %), les corticoïdes (35 %), l’amitriptyline (25 %), la morphine (25 %), et de nombreuses autres molécules encore. Le plus utilisé, le paracétamol, est aussi le médicament jugé le plus inefficace. « Dans la douleur chronique, les antalgiques classiques, paracétamol associé ou non à la codéine, anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) topiques ou oraux constituent indiscutablement un appoint thérapeutique, mais ils ne sont pas suffisants. Par ailleurs, il faut savoir bien les utiliser pour maîtriser les effets secondaires », souligne le Pr Schaeverbeke.

L’expérience d’une patiente-experte

Pour Anne-Christine Blanchet, 56 ans, qui vit depuis l’âge de 25 ans avec une polyarthrite sévère (elle a dû subir plusieurs interventions chirurgicales), quels traitements ont le mieux fonctionné ? « Les AINS ont marché longtemps, mais c’est très mauvais pour l’estomac. Un bolus de cortisone, ça soulage super bien, mais là aussi les effets secondaires sont importants. Maintenant, je sais que la Lamaline (antalgique composé de paracétamol, opium et caféine) et l’Arcoxia (AINS) me soulagent sans me faire mal à l’estomac. » En parallèle, elle a fait de la kinésithérapie pendant des années. « Le kiné m’a remusclée et étirée et grâce à ça, j’ai pu reprendre le Pilates et le yoga. Je me déplace le plus possible à vélo, sauf quand j’ai trop mal au poignet. Je conseille aux personnes douloureuses de continuer à bouger, c’est impératif, en fonction de ses capacités bien sûr. »

Comment améliorer la prise en charge ?

De nombreux angles morts persistent dans le suivi des personnes souffrant de douleurs chroniques. Pourtant, les pistes d’amélioration sont bien identifiées par les associations de patients. « Tout d’abord, améliorer l’évaluation de la douleur, qui n’est pas faite correctement pour 80 % des patients. Ensuite, proposer une prise en charge plus précoce et personnalisée, en portant une attention particulière aux personnes âgées, fragiles, en difficultés financières ou ayant des difficultés à se déplacer », indique la présidente de l’AFLAR. Et continuer à combattre l’idée reçue selon laquelle il serait « normal » d’avoir mal, à partir d’un certain âge.

L’aide des associations

  • L’AFLAR propose numéros d’écoute, journal, newsletters, médiathèque, activités ciblées en régions, actions collectives, programme de recherche, etc.
    • Ostéoporose : 0 810 43 03 43
    • Rhumatismes : 0 810 42 02 42
    • Mal au dos : 0 810 44 04 44
    • Allo Sapho : 0 810 42 02 42
  • L’AFPric propose un magazine, un accompagnement par des patients-experts via le service Entr’Aide, des enquêtes, mène des actions de plaidoyer, etc. 

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