France Assos Santé salue l’adoption en seconde lecture par l’Assemblée nationale des deux propositions de loi relatives à la fin de vie. La proposition visant à garantir l’égal accès de tous aux soins palliatifs et à l’accompagnement a été adoptée à l’unanimité, réaffirmant avec force l’ambition d’un droit effectif de chaque personne à un accompagnement digne, au soulagement de la douleur et à un soutien adapté sur l’ensemble du territoire. Celle relative à l’aide à mourir, adoptée à 299 voix contre 226, marque également une avancée majeure en reconnaissant les limites de la loi Claeys-Leonetti dans le soulagement de certaines souffrances en fin de vie et en consacrant davantage la primauté de la volonté des personnes malades dans les décisions médicales qui les concernent.
Ces deux textes complémentaires consolident et approfondissent les droits des patients. Ils renforcent l’égalité d’accès aux soins palliatifs, réaffirment le droit au soulagement de toutes les souffrances et consacrent une place centrale à l’autonomie et au respect des choix exprimés par les personnes en fin de vie. Ils s’inscrivent ainsi dans la continuité des deux piliers qui structurent depuis des années l’évolution de notre cadre législatif : la protection contre la souffrance et le respect de la volonté des malades.
Ces avancées sont le fruit d’un combat de longue haleine, porté avec constance par les associations de patients et d’usagers du système de santé, qui n’ont cessé de défendre une approche plus humaine, plus équitable et plus respectueuse des droits fondamentaux.
Si cette nouvelle étape constitue indéniablement un signal fort et porteur d’espoir pour de nombreux patients, nous regrettons néanmoins des opportunités manquées, qui auraient permis d’aller encore plus loin dans la garantie effective des droits et dans la sécurisation des parcours des personnes concernées et qui seront au cœur de la suite du parcours législatif.
Concernant les soins palliatifs et l’accompagnement
Une ambition qui peut être encore renforcée !
S’agissant de la proposition de loi sur l’accompagnement et les soins palliatifs, l’Assemblée nationale a malheureusement confirmé les restrictions introduites par le Sénat en première lecture.
La suppression du droit opposable aux soins palliatifs et d’accompagnement ainsi que de l’inscription d’une loi de programmation pluriannuelle constituent un recul majeur. Le texte initial répondait pourtant à une revendication forte de notre collectif inter-associatif et des associations de personnes malades, de personnes en situation de handicap et de familles : garantir un accès effectif et équitable aux soins palliatifs sur l’ensemble du territoire. Transformer un droit théorique en obligation concrète pour le système de santé était un tournant attendu après cinq plans quinquennaux aux résultats trop limités. Consacrer un droit opposable n’a rien de symbolique ou d’utopique, c’est un levier pour réduire les inégalités territoriales et sociales, pour obliger les pouvoirs publics à organiser et financer l’offre nécessaire sur la durée et enfin pour renforcer la visibilité – et marteler la légitimité- des soins palliatifs, comme composante essentielle du parcours de soins. Autre point noir : la suppression des mécanismes de redevabilité devant la Représentation nationale. Sans évaluation régulière, sans débat parlementaire, sans obligation de rendre compte, l’ambition affichée risque de rester déclarative. Or, sur un sujet aussi essentiel, la transparence et le suivi ne sont pas accessoires : ils sont la condition de l’effectivité.
Concernant le droit à l’Aide à mourir *
Une avancée majeure mais aussi deux points à revoir afin de mieux prendre en compte les spécificités des différentes pathologies, sans aucune discrimination !
Concernant la proposition de loi relative à l’aide à mourir, nous saluons l’avancée qu’elle représente dans la reconnaissance des limites de la loi Claeys-Leonetti et dans la prise en compte de la nécessité de soulager toutes les souffrances. Mais deux modifications adoptées en seconde délibération constituent des reculs que nous regrettons.
Le premier concerne le fait de laisser le choix de la modalité d’administration à la personne malade et au soignant qui accepte de l’accompagner, voté en séance à plusieurs reprises mais invalidé en seconde délibération après un avis défavorable du gouvernement. Limiter l’assistance par un soignant aux seules situations d’incapacité physique revient à introduire une distinction contestable. La capacité d’auto-administration ne peut être réduite à une appréciation strictement physique : l’angoisse, le souhait de ne pas accomplir soi-même le geste, le besoin d’un accompagnement médical sécurisant ou tout simplement la volonté de partager pleinement les derniers moments avec les siens lors de ces ultimes instants sont des réalités qu’il faut entendre. Le choix de la modalité d’accompagnement devrait selon nous relever d’une décision partagée entre la personne malade et le soignant qui accepte, en toute conscience, de l’accompagner de la sorte. Restreindre cette liberté crée une hiérarchie morale implicite entre les modalités d’administration et porte atteinte au principe même d’autonomie que le texte prétend consacrer.
Le second recul tient à la hiérarchisation des souffrances vécues comme insupportables par la personne malade avec une modification majeure apportée au critère d’accès relatif à la souffrance. Là encore, une seconde délibération sur ce critère a introduit, sur amendement du gouvernement, la mention qu’« une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir », conditionnant ainsi l’accès à l’aide à mourir à l’existence de souffrances physiques. Or les souffrances existentielles liées à la perte d’autonomie et à une dépendance vécue comme insupportable par la personne, à l’incapacité d’effectuer les gestes de la vie quotidienne, sont la principale motivation des demandes observées à l’étranger.
Pour France Assos Santé, dès lors qu’une personne remplit les cinq critères cumulatifs – notamment l’existence d’une affection grave et incurable, en phase avancée, engageant le pronostic vital – et que sa demande a été évaluée selon la procédure exigeante prévue et discutée lors de la procédure collégiale, une souffrance psychologique ou existentielle réfractaire en lien avec cette affection doit pouvoir être prise en compte, même en l’absence de douleur physique associée. Les garde-fous contre les situations de dépression isolée ou de choc lié par exemple à l’annonce d’un diagnostic, comme cela a été avancé lors des débats, existent déjà dans les critères posés et la procédure prévue par le texte ; il est dès lors discriminant d’instaurer une hiérarchie des souffrances qu’aucune législation en la matière n’introduit par ailleurs à l’étranger et qui n’existe pas plus dans le droit à demander une sédation profonde et continue jusqu’au décès ouvert par la loi Claeys-Leonetti de 2016.
Il appartient désormais au Sénat d’entendre enfin la parole des personnes malades et d’examiner ces propositions de loi avec la responsabilité et l’ambition qu’exige un tel sujet, sans reproduire les reculs et les dénaturations introduits lors de sa première lecture.
* Ce positionnement est porté par une majorité d’associations de France Assos Santé. Des positions minoritaires existent également au sein de notre réseau : à ce titre, les Associations de Familles Catholiques ainsi que l’association JALMALV (Jusqu’à la mort accompagner la vie) notamment, s’exprimeront ès-qualités.
Stratégie décennale pour les soins palliatifs et l’accompagnement : des avancées budgétaires réelles, des fragilités persistantes
La présentation du déploiement de la Stratégie décennale faite mardi 24 février lors du comité de suivi met en évidence une progression indéniable des moyens consacrés aux soins palliatifs. Les dépenses ont augmenté de 25 % entre 2024 et 2025 pour atteindre 2,15 milliards d’euros en 2025, avec 157 millions d’euros supplémentaires déployés depuis le lancement de la stratégie. L’offre s’est également renforcée : le nombre de lits a progressé de 8,4 % en 2025, soit 593 lits supplémentaires en établissements et 78 en unités de soins palliatifs, permettant d’atteindre l’objectif de 8 000 lits. Si dix-huit départements restent dépourvus d’unité de soins palliatifs, des ouvertures sont prévues dans neuf d’entre eux en 2026 et dans cinq autres d’ici 2028. L’hospitalisation à domicile poursuit sa dynamique (+25 % de séjours depuis 2022, +18 % de patients pris en charge). Onze maisons d’accompagnement pourraient par ailleurs ouvrir ou être mises en chantier en 2026 si la loi est adoptée. Des avancées structurantes sont également signalées en matière de soins palliatifs pédiatriques. Enfin, la recherche française connaît par ailleurs un véritable essor, avec la structuration de consortia de recherche interdisciplinaires qui structurent et renforcent durablement les travaux scientifiques dans le champ des soins palliatifs et de la fin de vie. Une campagne nationale d’information sur les droits des patients est également annoncée.
Pour autant, derrière ces indicateurs encourageants, plusieurs fragilités demeurent. Le bilan présenté reste largement quantitatif, alors que les équipes de terrain font état de difficultés persistantes. L’attractivité des formations en soins palliatifs reste préoccupante : les stages et formations spécialisées peinent à recruter, dans un contexte de survalorisation de la médecine curative et de perception encore réductrice de la médecine palliative.
Plus préoccupant encore, aucune avancée concrète n’a été mentionnée concernant le développement du bénévolat d’accompagnement ni les collectifs d’entraide, pourtant inscrits parmi les axes sociétaux de la stratégie. L’absence d’avancées objectivables sur ces mesures dans la présentation interroge sur la place réellement accordée à ces dimensions essentielles.
Enfin, l’organisation concrète de la gouvernance de la stratégie qui devra s’installer une fois la loi votée demeure encore floue et les modalités de participation des représentants d’usagers et des associations ne sont pas clarifiées à ce stade.
La montée en puissance des moyens est indiscutable. Mais la réussite de la stratégie décennale ne pourra se mesurer uniquement à l’aune des crédits et des lits supplémentaires : elle dépendra aussi de la qualité de l’accompagnement, de l’attractivité des métiers, de la reconnaissance du bénévolat et d’une gouvernance réellement ouverte à tous les acteurs concernés, y compris ceux représentant la société civile.


