Alors que des millions de Français peinent à accéder aux soins, deux amendements parlementaires entendent autoriser les dépassements d’honoraires dans le cadre de la mission de solidarité territoriale. Une proposition qui interroge le sens même de la solidarité : peut-on prétendre lutter contre les déserts médicaux tout en permettant de faire payer davantage les patients qui en sont les premières victimes ?
Payer plus cher pour accéder à un médecin
C’est pourtant le sens de ces 2 amendements, portés par Horizons et l’UDR, qui visent à supprimer l’obligation faite aux médecins participant à la mission dite de « solidarité territoriale » de pratiquer des tarifs sans dépassements d’honoraires ! Ce dispositif concerne 153 territoires prioritaires. Appelés aussi « zones rouges », ils ont en commun de présenter des difficultés majeures d’accès à la médecine générale.
Derrière cette modification se joue une question fondamentale : celle de l’égalité d’accès aux soins dans les territoires où les médecins manquent déjà cruellement. Autoriser des dépassements dans ces zones revient ni plus ni moins à faire peser un risque de surcoût sur des usagers qui, bien souvent, n’ont aucune alternative !
La loi de l’offre et de la demande ne saurait gouverner l’accès aux soins. Dans un désert médical, la rareté de l’offre ne peut justifier une augmentation des prix !
Des médecins déjà rémunérés pour leur engagement
D’autant moins que la solidarité nationale est tout sauf du bénévolat. Le dispositif législatif prévoit que les médecins participant à cette mission non seulement soient payés pour leurs actes, mais perçoivent de surcroît une rémunération forfaitaire spécifique.
En outre, depuis le 1er janvier 2026, les médecins qui remplissent les conditions du dispositif de consultations avancées dans les zones sous-dotées peuvent percevoir 200 euros supplémentaires par demi-journée, dans la limite de six demi-journées par mois.
Si cette reconnaissance financière est légitime, on peut toutefois légitimement s’interroger sur le bien-fondé de ces 2 amendements qui permettraient, en plus, aux médecins concernés de faire payer davantage les usagers pour qui, rappelons-le, le choix est pour ainsi dire inexistant.
4,5 milliards d’euros de dépassements : pas assez ?
Les dépassements d’honoraires ne constituent pas un phénomène marginal. Ils représentaient déjà 4,5 milliards d’euros en 2024, avec une progression annuelle moyenne d’environ 5,5 % depuis 2019, selon les données reprises dans les travaux parlementaires.
En 2025, le Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie (HCAAM) a souligné, de son côté, le poids inégal de ces dépenses pour les patients et leur caractère parfois imprévisible.
Ces dépassements peuvent devenir de véritables obstacles financiers, notamment pour les personnes modestes, celles qui ne disposent pas d’une complémentaire suffisamment protectrice ou celles qui ne trouvent aucun médecin pratiquant les tarifs opposables.
France Assos Santé appelle les parlementaires à supprimer ces deux amendements : la pénurie médicale ne doit pas devenir une rente. Quant à la solidarité territoriale, elle doit rester une garantie pour les usagers et les patients.


