Le vote en première lecture au Sénat le 13 octobre dernier de la proposition de loi relative à la modernisation de la radio constitue un signal préoccupant pour la santé publique : en proposant de supprimer les mentions légales obligatoires dans les spots publicitaires, ce texte risque d’affaiblir des messages de prévention essentiels à la protection de toutes et tous.
France Assos Santé dénonce une orientation qui fait passer le confort d’écoute et les intérêts économiques avant l’information et la prévention.
La prévention n’est pas une publicité comme une autre
Les messages sanitaires diffusés dans les publicités ne sont ni accessoires ni superflus. Ils rappellent des repères essentiels : adopter une alimentation équilibrée, limiter sa consommation d’alcool, connaître les risques liés au tabac ou encore préserver sa santé par des comportements adaptés.
D’autres mentions encouragent des pratiques bénéfiques pour la collectivité, comme le recours aux transports en commun ou le recyclage. Ces messages participent à rendre l’information de santé publique accessible au plus grand nombre, dans un média du quotidien qui touche des publics variés. Leur présence contribue à redire, au moment même où certains produits ou comportements sont promus, les précautions indispensables pour préserver sa santé.
La prévention ne peut pas être considérée comme une contrainte dont il faudrait se débarrasser au nom de la fluidité des messages publicitaires !
Les défenseurs de la réforme avancent un argument de lisibilité : les mentions obligatoires seraient trop nombreuses, trop longues, et nuiraient au confort d’écoute comme à l’efficacité des publicités. Leur volume serait également un frein pour certains annonceurs, qui se détourneraient de la radio.
Nous entendons la nécessité de réfléchir à la clarté et à la qualité des messages diffusés, mais cet objectif ne saurait justifier leur suppression, ni faire de la prévention la variable d’ajustement des stratégies commerciales !
Le fait que ces mentions soient nombreuses ne démontre pas qu’elles sont inutiles mais devrait plutôt nous interroger sur la nature des produits et services promus par la publicité, ainsi que sur leurs conséquences pour la santé publique et l’environnement. Plutôt que de chercher à réduire les messages qui alertent sur leurs risques, ne devrions-nous pas questionner la place accordée à la promotion de produits nocifs et notre capacité collective à en limiter les impacts ?
Un renvoi vers Internet ne garantit pas une information accessible à tous
La proposition de loi prévoit que, dans le cadre d’accords entre l’Arcom et les éditeurs, certaines mentions puissent être remplacées par des informations sur les sites Internet des annonceurs ou par des contenus éditoriaux diffusés à l’antenne.
Cette alternative soulève trois difficultés :
- D’abord, une information disponible sur un site Internet n’est pas nécessairement une information effectivement consultée. Le message diffusé à la radio atteint directement l’auditeur, sans démarche supplémentaire. Le renvoi vers Internet suppose au contraire qu’il dispose du temps, de l’équipement et de la volonté nécessaires pour rechercher l’information ;
- Ensuite, les contenus éditoriaux ne sauraient systématiquement remplacer une mention réglementaire associée à une publicité. Les deux n’interviennent pas dans le même contexte et ne garantissent pas le même niveau de visibilité, de proximité avec le message commercial ni de régularité de diffusion ;
- Enfin, la prévention doit bénéficier à tous les publics, y compris à celles et ceux qui rencontrent des difficultés d’accès à l’information numérique ou qui sont moins susceptibles d’effectuer une recherche complémentaire.
Une information de santé publique ne remplit pleinement son rôle que si elle est visible, compréhensible et accessible au moment où elle est utile.
Derrière cette réforme se dessine une contradiction majeure : alors que la prévention est reconnue comme un levier essentiel de santé publique, les messages qui la rendent concrète risquent d’être considérés avant tout comme un obstacle à la valorisation commerciale de la radio.
Nous ne contestons pas les enjeux économiques auxquels le secteur radiophonique est confronté, mais cet objectif ne peut être poursuivi au détriment de dispositifs qui contribuent à informer les citoyens sur les risques sanitaires et les comportements protecteurs. La santé publique ne doit pas être la variable d’ajustement des recettes publicitaires. Les obligations qui encadrent la communication commerciale ont une fonction précise : garantir que la promotion d’un produit ou d’un service ne se fasse pas aux dépens de l’information du public et de l’intérêt général.
France Assos Santé appelle les Parlementaires à ne pas banaliser cette remise en cause des messages de prévention et à maintenir les mentions sanitaires obligatoires dans les publicités radiophoniques, notamment celles relatives à l’alimentation, à l’alcool et au tabac. Nous demandons également une concertation avec les experts de santé publique ainsi que les associations concernées afin que les décisions ne soient pas prises sur la seule base des contraintes économiques du secteur.
La modernisation de la radio ne doit pas signifier le recul de la prévention. Elle doit être l’occasion de renforcer la qualité de l’information, de mieux protéger les auditeurs et de concilier les évolutions du secteur avec les exigences de santé publique.
La prévention n’est ni un bruit de fond ni une formalité administrative. Elle est un outil de protection collective. Elle doit rester une priorité.
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