Initié en 2023 par l’association SOS Hépatites, le défi « Juin sans sucres ajoutés » vise à évaluer sa consommation, tenter de la réduire et observer les effets. Objectif : sensibiliser les Français aux méfaits d’une consommation excessive de sucre sur le foie, mais aussi d’autres organes. Prêt à relever le défi ?
« Ce défi s’adresse à tout le monde, pas spécialement aux personnes malades. Contrairement au tabac et à l’alcool, le sucre est vital, nous ne pouvons pas le supprimer. Mais nous proposons d’être plus conscients de notre consommation de sucres ajoutés et d’observer les effets bénéfiques d’une réduction », invite le Dr Pascal Mélin, hépatologue et président de SOS Hépatites et maladies du foie.
Au-delà des effets sur le foie, l’association a décidé cette année d’élargir le prisme pour sensibiliser aussi aux autres impacts des excès de sucre sur l’organisme. Avec un nouvel éclairage chaque semaine de juin : sucre et diabète (du 1er au 7), sucre et maladies du foie (8 au 14), sucre et maladies cardiovasculaires (15 au 21) et enfin sucre et santé mentale (22 au 28). Cette dernière thématique est d’autant plus intéressante qu’elle est la plus méconnue. « Les participants au défi de l’an dernier ont déclaré qu’ils dormaient mieux, avaient moins de sautes d’humeur et d’idées tristes : ce ne sont pas forcément des résultats auxquels on s’attendait ! Il est vrai que le sucre en grande quantité a un effet dépressogène sur le cerveau et des études montrent que les personnes diabétiques sont plus à risque de souffrir de dépression », nous éclaire le Dr Mélin, sur la base des questionnaires avant/après des éditions précédentes.
Le plus dur à diminuer ? Le chocolat !
Le défi attire chaque année davantage de participants : ils étaient 400 en 2023, 3 600 en 2024 et 4 000 en 2025. Et au-delà de l’effort ponctuel, c’est un franc succès puisqu’en 2025, 93 % de participants se disaient satisfaits ou très satisfaits. N’est-il pas trop difficile de réduire sa consommation ? 34 % des participants ont trouvé ça facile, 32 % plutôt difficile et 28 % ni l’un ni l’autre.
Le plus dur à arrêter ? Sans surprise (pour les gourmands qui lisent cet article…), le chocolat pour 84 % des participants et les biscuits et pâtisseries maison pour 74 % d’entre eux. Ils sont aussi 55 % à déclarer une sensation de manque lors des premiers jours (une addiction au sucre est possible, avec l’activation des mêmes circuits de récompense que pour d’autres drogues). Mais les effets positifs l’emportent largement : baisse des fringales au cours de la journée, énergie et humeur plus stable, meilleur sommeil. La perte de poids n’est pas majoritaire (35 % des participants concernés) et ce n’est d’ailleurs pas le but de l’opération. Des bénéfices tels qu’après le mois de juin, ils sont 84 % à vouloir continuer à faire attention, mais de façon moins stricte.
Qui étaient les participants du cru 2025 ? Majoritairement des personnes sans pathologie (50 %), 29 % souffrant de stéatose hépatique, d’obésité et/ou de diabète et 22 % d’une autre pathologie chronique. L’âge moyen est de 49 ans et les femmes sont très majoritaires (93 %). Alors comment sensibiliser les hommes ? « Ils se sentent très peu concernés, c’est vraiment problématique, car ils sont plus touchés que les femmes par la stéatose hépatique. On a l’idée de lancer le défi en entreprise et/ou dans des clubs sportifs pour les informer », souligne le Dr Pascal Mélin.
Moins de sucres cachés = une meilleure santé
« La stéatose hépatique passe inaperçue au début, malheureusement. Quand on consomme trop de sucre, le foie va le stocker et le transformer en graisses. Aujourd’hui, 8 millions de Français sont en situation d’obésité et environ 10 % d’entre eux ne tolèrent pas cette graisse en excédent. Le foie va s’abîmer petit à petit, comme sous l’effet de l’alcool consommé en grande quantité », explique le Dr Mélin. A cela s’ajoute une augmentation de la résistance à l’insuline, qui favorise encore plus le stockage des graisses dans le foie et perturbe le métabolisme global. « Quand la consommation de sucre diminue, le foie peut récupérer de manière assez spectaculaire. Chez certaines personnes ayant une stéatose débutante, une amélioration significative de la graisse hépatique peut être observée après quelques mois de réduction des boissons sucrées et des produits ultra-transformés, et cela même en l’absence de perte du poids », précise le Dr Raluca Pais, médecin hépatologue à l’Institut de cardiométabolisme et nutrition (IHU-ICAN) et à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP, Paris). Les bénéfices dépassent largement le foie. Réduire les sucres ajoutés contribue aussi à diminuer le risque de diabète de type 2, réduire le risque cardiovasculaire, améliorer la qualité alimentaire globale, limiter les variations d’énergie et certaines fringales, améliorer le contrôle du poids et du tour de taille, protéger la santé bucco-dentaire. Un effort gagnant-gagnant !
Quels sont les sucres à fuir ?
Les sucres ajoutés par les industriels de l’agro-alimentaire sont les plus problématiques. Et ils sont partout : 77 % des aliments présents dans nos supermarchés contiennent au moins un ingrédient sucrant, selon une étude de l’Anses de 2024. « Très rapidement absorbés et peu rassasiants, ils entraînent des pics glycémiques. Ils sont souvent associés à une alimentation trop transformée, à des excès caloriques globaux et à d’autres troubles métaboliques », pointe le Dr Pais. Par ailleurs, toutes les sources de sucre ne se valent pas. Le fructose, qui a un pouvoir sucrant plus élevé que le glucose, est particulièrement impliqué car son métabolisme est majoritairement hépatique. « Il faut faire la différence entre le fructose qui provient des boissons sucrées et des produits ultra-transformés et le fructose qui provient des fruits. Ce dernier est accompagné de fibres, d’eau, de micronutriments et induisent une absorption plus lente. Le sucre des fruits s’intègre dans des modèles alimentaires protecteurs », rappelle le Dr Raluca Pais.
Nouveaux partenaires et inscription
En cohérence avec les nouveaux éclairages de cette 4ème édition, l’opération compte de nouveaux partenaires : la Fédération française des diabétiques (FFD), l’IHU-ICAN, l’Association nationale de défense contre la polyarthrite rhumatoïde (Andar), le programme de prévention de la santé des seniors Été indien, la Fondation Make.org, l’IHU d’hépatologie Everest de Lyon, Yuka.
- La liste complète des partenaires et soutiens est à retrouver ici.
- Et les inscriptions à l’édition 2026 ici.
Comment limiter sa consommation ?
25 grammes : c’est la quantité maximale de sucre ajouté qu’un adulte devrait consommer par jour, soit 5 cuillères à café (recommandations OMS). C’est très vite dépassé ! Pour rester dans les clous, il faut décrypter les étiquettes et remplacer le sucre blanc par des alternatives à index glycémique plus bas, comme nous l’explique Marie Laure André, diététicienne-nutritionniste et autrice de « Mon cahier : Stop au sucre ». Voici ses conseils :
1 – Lire le tableau nutritionnel
La teneur en glucides totaux et l’indication « dont sucres » font référence aux sucres simples, ceux qu’on essaie de diminuer. Par exemple, pour les gâteaux, on essaie d’éliminer ceux qui dépassent 30g/100g. On scrute aussi les pots de sauce tomate et les soupes toutes prêtes, qui peuvent aussi contenir du sucre !
2 – Traquer les sucres dans la liste des ingrédients
Sirop de glucose-fructose, dextrose, mélasse, sirop de maïs, etc., le sucre se cache souvent sous d’autres appellations qu’il faut connaître. Si ces ingrédients se trouvent en début de liste, c’est que le produit en contient vraiment trop.
3 – Décoder les mentions énigmatiques
On privilégie la mention « sans sucre ajouté », par exemple pour les compotes car, dans ce cas, seuls les sucres naturels sont présents. « Allégé en sucre » équivaut à -30% de sucres par rapport au produit de référence (le plus sucré), mais ces aliments sont souvent plus sucrés que ceux « sans sucre ajouté ».
4 – Remplacer le sucre blanc
Sirop d’agave, stévia, miel, sucre de coco, muscovado…il existe de nombreuses alternatives au sucre blanc. Leur index glycémique (IG) est plus bas et ils apportent des minéraux, dans leur forme brute. A consommer avec modération car cela reste quand même un apport en sucre.
> Retrouvez des recettes sans sucres ajoutés sur le site du défi
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