Crédit photo : Anouk Desury (Light Motiv)

Dans un contexte de forte désertification médicale qui éloigne les populations du soins, le principe de « l’aller vers » est une réponse adaptée pour lutter contre les inégalités territoriales et sociales de santé. En effet, les personnes en situation de vulnérabilité, de handicap, isolées, en perte d’autonomie, malades ou précaires n’ont parfois ni la possibilité, ni les moyens, ni les bonnes informations pour bien se soigner. Découvrons ici des exemples d’équipes motivées qui sont allées à la rencontre de ces publics les plus fragiles pour les aider à prendre soin de leur santé.

Un bus dédié à la santé des femmes

Lancé en 2021, le Bus du Cœur des Femmes a débuté sa 6ème tournée annuelle à Argenteuil, près de Paris, en mars dernier. Il se déplace partout en France pour aller à la rencontre des femmes en situation de vulnérabilité afin de les sensibiliser, de faire de la prévention et du dépistage autour des maladies cardio-vasculaires et gynécologiques. « Il existe une inégalité de genre face à la santé, notamment face au risque d’infarctus qui engendre des symptômes atypiques chez les femme et à un surrisque lié à leur vie hormonale », lance Vincent Morel, coordinateur national du Bus du cœur des Femmes. En effet, celles-ci présentent des risques hormonaux spécifiques dus aux contraceptions inappropriées, aux grossesses de plus en plus tardives, à l’endométriose, au syndrome des ovaires polykystiques, à la ménopause, etc. Alors que la mortalité cardio-vasculaire globale baisse chez les hommes, quel que soit leur âge, une augmentation se développe chez la femme de moins de 55 ans. Là où le bus s’installe, ce sont, en réalité, les soignants locaux qui se mobilisent. « Nous ne cherchons pas à habiller Jacques en déshabillant Paul. Il est vrai que lors de la venue du bus, comme aujourd’hui à Argenteuil, le personnel de l’hôpital doit s’adapter pendant quelques jours pour pallier l’absence des soignants qui se mobilisent avec nous. L’occasion de rappeler que lorsqu’on investit 1€ dans la prévention, on économise 5 € dans le soin. En outre, aujourd’hui-même, suite à sa visite au bus, une femme a été prise en charge par le SAMU, ce qui pourra lui éviter, espérons-le, un accident cardiaque », raconte Vincent Morel. Le Mans, Anglet, Agen, Blois, Caen, Lens, Cannes, Auxerre…comptent parmi les 16 étapes de la tournée 2026, où 5 000 à 6 000 femmes pourront bénéficier gratuitement d’un parcours de dépistage de 2 heures comprenant une dizaine de bilans médicaux et pour qui un suivi médical sera organisé si nécessaire. « Nous découvrons au moins deux facteurs de risque non connus ou non contrôlés chez 90 % des femmes qui parcourent nos dispositifs », rapporte Vincent Morel.

Bus de prévention et de soins de premiers recours dans le Dunkerquois et le Loiret

Depuis 7 ans, par sessions de deux mois, deux fois par semaine, 4 communes du Dunkerquois, dans les Hauts-de-France, profitent gratuitement de la venue du bus DK Pulse, spécifiquement adapté à la pratique l’activité physique adaptée (APA). Le public visé est celui des villages qui manquent d’infrastructures et les personnes malades, en perte d’autonomie ou de mobilité, et qui ne peuvent pas aller vers des structures d’activités physiques ordinaires. « L’idée est d’impulser une dynamique et de montrer aux personnes qu’elles sont encore capables de pratiquer une activité physique, puis de les orienter vers des structures pérennes adaptées à leur situation après notre départ », explique Charlotte Catoire, conductrice du bus et animatrice APA. Et cette dynamique fonctionne très bien, puisque les participants, souvent envoyés par les médecins, pharmaciens ou infirmiers locaux, sont quasiment tous très assidus durant les deux mois de présence du bus. Lorsqu’il n’est pas dans les villages, le bus sillonne des quartiers prioritaires à la rencontre de publics, pas forcément pathologiques ou âgés, mais éloignés du sport, pour leur redonner la confiance nécessaire pour s’y mettre ou s’y remettre.

Plus au sud, le département du Loiret, en étroite collaboration avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), ont lancé un bus de soins de premiers recours en 2025. Doté d’un équipement polyvalent, les équipes de santé du bus assurent tour à tour, dans divers secteurs du département, de la téléexpertise en ophtalmologie avec le concours d’orthoptistes, des téléconsultations de médecine générale en présence d’infirmiers, ainsi que des soins dentaires d’urgence. « Avec ce bus, nous tentons de répondre à un fort enjeu de désert médical sur notre territoire. Dans ce contexte, il nous faut notamment aller aux devants d’une population vieillissante qui ne peut pas toujours se déplacer. Quand ils trouvent de la place, il n’est pas rare que des patients doivent cependant parcourir 80 km pour se rendre à leurs rendez-vous médicaux », expose Laurence Bellais, vice-présidente en charge de la culture, de l’attractivité des territoires et de la démographie médicale au Conseil départemental du Loiret. Là encore le succès du bus se fait le miroir d’une population en peine d’accès aux soins, puisque, à chaque étape, le carnet de bal du bus affiche complet.

Les actions itinérantes des Petits Frères des Pauvres

Les Petits Cafés Mobiles des Petits Frères des Pauvres sont nés il y a trois ans, d’une intention d’aller vers des publics qui ne sont pas repérés par les associations ou les institutions et qui, malgré leur isolement et leur vulnérabilité, n’ont pas l’habitude de demander de l’aide. « Chaque semaine, les bénévoles et jeunes en service civique installent le triporteur et le dispositif bien visible des Petits Cafés Mobiles sur 4 marchés parisiens, situés dans des quartiers où vivent plus de personnes âgées qu’ailleurs. L’idée est de créer un espace ouvert à tous et de générer du lien social. Et ça marche ! Nous avons des habitués et il n’est pas rare que certains restent une ou deux heures », explique Béatrice Locatelli, directrice adjointe Fraternité de Paris des Petits Frères des Pauvres. Bien entendu, quand la confiance s’installe et que l’équipe repère des personnes particulièrement fragiles, elle leur propose d’entrer dans les programmes d’accompagnement de l’association. En été, quand la capitale se vide mais que les plus âgés et les plus précaires restent en ville, la Fraternité parisienne met en place ses Caravanes Estivales. Elles prennent la forme de petites guinguettes mobiles, comme des fêtes de village, qui restent durant une semaine, sur trois différentes places parisiennes… évidemment dans des quartiers où il y a peu d’animation. Dans les territoires également, particulièrement en milieu rural, face à la transition démographique et l’explosion du nombre de personnes âgées en situation d’isolement, voire de mort sociale, Les Petits Frères des Pauvres ont choisi de mener, dès 2017, des actions d’« Aller vers » collectives. « Nous faisons historiquement des visites à domicile en zones rurales, mais pour toucher plus de monde dans des secteurs où nous avons moins de bénévoles, les actions collectives nous ont semblé pertinentes et c’est ainsi que sont nées les Baraques à Frat’ », souligne Nastasia Hollender, chargée de mission Déploiement des programmes chez Les Petits Frères des Pauvres. Après un diagnostic territorial, l’association instaure des rencontres 2 fois par mois, la plupart du temps dans des salles prêtées par des communes où aujourd’hui il n’y a pas d’activités proposées aux personnes âgées. La régularité est importante pour créer de véritables rendez-vous et instaurer une relation de confiance. D’ailleurs, Nastasia précise que les participants reviennent à chaque fois. Elle dépeint : « Nos équipes vont chercher les personnes âgées chez elles car nous rapprocher d’elles ne suffit pas, et comme l’idée est avant tout de créer du lien social, nous ouvrons bien sûr l’événement à tous et à tous les âges. L’une de nos Baraques à Frat’ se passe en lien avec du périscolaire, une autre se trouve dans un tiers-lieu près d’une crèche et génère des rencontres intergénérationnelles ». En 2025, 16 Baraques à Frat’ étaient en activité sur 25 lieux différents, touchant 106 communes. Au total, 70 bénévoles étaient investis, 83 partenaires impliqués,19 conventions signées au profit de 580 personnes accueillies, dont 417 personnes âgées.

Le camion France Alzheimer et ses séances bien-être

A la Réunion, France Alzheimer possède 3 permanences, dans des secteurs côtiers qui sont aussi les plus peuplés, où les bénévoles rencontrent les familles touchées par la maladie, et où sont organisées diverses activités pour les aidants, et pour les aidés. Cependant la typologie de l’île rend difficile d’accès les régions montagneuses. C’est la raison pour laquelle France Alzheimer s’est dotée d’un camion pour aller à la rencontre de ces populations les plus isolées. « Notre objectif est d’identifier les familles qui en ont besoin, de faire de la prévention, de délivrer de l’information. Nous travaillons main dans la main avec les communes et les Centres communaux d’action sociale. Nous avons aussi une particularité qui est d’avoir aménagé notre « caravane » pour y proposer des séances de bien-être, afin de prendre soin des personnes touchées par la maladie et leur rappeler de ne pas s’oublier », relate Gilbert Nallatamby, bénévole coordonnateur Halte Relais Itinérante Cœur Alzheimer. En effet, durant ses déplacements, Gilbert est accompagné par des prestataires qui proposent des massages, de la relaxation ou encore des séances de socio-esthétique individualisées. L’an dernier, Gilbert a fait 35 sorties avec le camion et a ainsi rencontré 500 personnes, dont une centaine directement concernées par la maladie. « A La Réunion, l’enjeu de l’« Aller vers » est pris très au sérieux car il est demandé aux organismes de santé, mais aussi aux services d’accès aux droits, de mener des actions dans ce sens. Il y a ainsi beaucoup d’initiatives itinérantes et elles ont plutôt du succès, mais trop souvent elles ne se coordonnent pas entre elles. Nous cherchons à créer des partenariats avec la caravane d’autant que cette action représente un gros budget et qu’il y a des problématiques transversales sur la santé, comme le diabète qui est un véritable fléau sur l’île », complète Gilbert qui se félicite du travail mené conjointement par France Alzheimer et la délégation réunionnaise de France Assos Santé pour activer des projets et des collaborations. 

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