Alors que la France vient de traverser un épisode caniculaire précoce et sans précédent, les acteurs engagés dans la lutte contre le réchauffement unissent leurs forces ! De plus en plus, mouvements écologistes et associations de santé avancent main dans la main pour porter, ensemble, une préoccupation majeure : l’impact du climat sur la santé humaine.

Jusqu’à quelles températures extrêmes l’organisme humain pourra-t-il s’adapter ? En quoi souffre-t-il, déjà, des successions de canicules, tempêtes, inondations, concentration de polluants dans l’air, perturbation de l’agriculture et autres maladies infectieuses favorisés par le changement climatique ? Et surtout, comment faire pour moins subir la chaleur ? Quelles sont les politiques publiques, globales et de proximité, à mettre en place pour protéger notre santé au quotidien, celle des malades et des plus vulnérables en particulier ?

C’est parce que toutes ces questions préoccupent aussi bien les mouvements de lutte pour le climat que les acteurs de la santé que les « Rencontres des mouvements climat », organisées à l’occasion des trente ans du Réseau Action Climat (RAC), leur ont consacré une table ronde, à Paris, le 19 juin dernier, à laquelle participait France Assos Santé. Le rendez-vous tombait à pic, en pleine vague de chaleur, dans une France suffocante, bien mal préparée à une telle montée du mercure, et une capitale abasourdie de dépasser les températures de Tombouctou ou de Marrakech aux derniers jours du printemps.

Des intérêts convergents

Derrière les images riantes d’adolescents plongeant hilares dans le canal Saint-Martin, à Paris, pour se rafraîchir, se cache une autre réalité : le prix sanitaire de ces dérèglements. « Pour l’Organisation Mondiale de la santé, le réchauffement climatique constitue la menace numéro un pour la santé humaine », pointe Benoît Granier, responsable Alimentation et Santé au sein du RAC.

Publié mi-juin, le rapport d’Oxfam intitulé Comment le changement climatique menace notre santé, livre justement plusieurs données préoccupantes sur le sujet, telles que l’augmentation significative du risque d’AVC, d’infarctus et d’insuffisance rénale aigüe par forte chaleur, la nocivité des particules fines émises par les feux de forêt, ou encore la progression des cas de chikungunya en France. Des risques sanitaires qui creusent, qui plus est, les inégalités de santé. D’après le rapport, en 2025, la chaleur a été 31 % plus meurtrière dans les 10 départements les plus pauvres de l’Hexagone que dans les 10 départements les plus riches. De quoi préoccuper bien au-delà des seuls mouvements écologistes.

« Dans d’autres pays, comme l’Irlande, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, remarque Benoit Granier, ce sujet de l’impact sanitaire du climat mobilise beaucoup et depuis plusieurs années les associations, acteurs et professionnels de santé, ainsi que les sociétés savantes, qui se sont fédérés et avancent de concert avec les ONG climat. En France, c’était moins le cas jusqu’à présent. Il est temps que cela change et qu’on travaille ensemble sur nos intérêts communs, qui sont nombreux. »

« En face de nous, les lobbies sont puissants, renchérit Stéphanie Pierre, conseillère technique nationale et plaidoyer Santé publique à France Assos Santé. Nous avons donc tout intérêt à nous rapprocher pour porter nos combats. » Car la convergence a du sens : « Se battre pour le climat et pour une alimentation saine et respectueuse de l’environnement, c’est la vision One Health. Tout se tient, finalement : manger trop de viande, par exemple, c’est mauvais pour la planète et mauvais pour la santé, cardiovasculaire notamment. Quant aux vagues de chaleur, qui se multiplient parce que le climat se dérègle, on en voit les conséquences, avec des maladies et des symptômes qui s’aggravent ».

L’association Endomind en a fait le constat dès 2023, via un questionnaire posé à des patientes. L’étude, baptisée « Impact des canicules sur l’endométriose », confirme que la quasi-totalité d’entre elles souffre des périodes de chaleur extrême, qui amplifient leurs symptômes (douleurs pelviennes, crampes…)  et génèrent beaucoup de fatigue, ce qui peut les contraindre à limiter leurs déplacements et nécessiter un arrêt de travail. « Pour nous, le réchauffement est une vraie problématique car il a un impact très concret sur les patientes, explique Marie Faure, coordinatrice du Pôle études et plaidoyer au sein de l’association. Les femmes qui souffrent d’endométriose sont des femmes actives, très pénalisées par la chaleur dans leur travail. Elles nous le disent et les professionnels de santé qui les prennent en charge commencent à en prendre conscience. Malheureusement, il n’y a pas de recherche scientifique et pas de prévention sur le sujet. Avec la multiplication annoncée des périodes de chaleur, le mal va pourtant être de plus en plus fréquent. »

L’impact sanitaires du réchauffement : un « impensé » politique

La longue et intense canicule de juin y changera-t-elle quelque chose ? Pour Fabrice Talandier, directeur des territoires, du développement et de l’Innovation aux Petits frères des pauvres, les acteurs publics n’ont pas encore pris le sujet à bras le corps et l’impact du réchauffement sur la santé des plus âgés et des plus démunis reste un « impensé » politique : « C’est une couche de plus dans la course d’obstacles que doivent mener ces publics fragiles, dit-il. Depuis la canicule de 2003, on sait pourtant que les conséquences des fortes chaleurs peuvent être tragiques pour eux. Selon Santé publique France, elles ont généré près de 6 000 décès durant l’été 2025 : les trois quarts d’entre eux avaient plus de 75 ans ».

Un problème d’autant plus criant quand les canicules s’enchainent : « Il y a un effet de cumul extrêmement délétère pour les organismes. C’est d’autant plus épuisant pour les plus âgés ». Une triple peine, aussi, quand la pauvreté se conjugue avec l’âge et l’isolement. « Quand vous vivez dans une passoire thermique, dans des combles par exemple qui ne sont pas isolés, c’est la fournaise. Si vous ajoutez à cela une condition physique qui vous empêche de sortir pour essayer d’aller trouver de la fraîcheur, et l’absence de proches pour vous faire boire régulièrement ou pour fermer vos volets aux heures les plus chaudes, la situation peut vite devenir dramatique. Dans certaines régions, en plus, comme dans le nord de la France, les personnes âgées n’ont pas l’habitude des fortes chaleurs et n’ont pas été éduquées à avoir les bons réflexes pour se protéger. »

Cette problématique climatique, l’association l’a intégrée au fil des ans et organise désormais ses étés en conséquence : en cas de plan canicule, ses bénévoles organisent, en plus de leurs visites hebdomadaires, des contacts quotidiens auprès des personnes âgées isolées, pour vérifier que tout se passe bien. Lancée en 2023, son opération « oasis solidaire » fait également de plus en plus d’émules. Elle invite collectivités et entreprises à mettre à la disposition des plus fragiles des locaux, climatisés ou rafraîchis, pendant les périodes les plus chaudes. « Le restaurant d’une collectivité, un peu vide en plein été, peut par exemple être organisé pour devenir un îlot de fraicheur », illustre Fabrice Talandier, qui espère pour cette année plus de 2 000 partenaires, contre 50, seulement, il y a deux ans et 500 l’année dernière.

Au-delà de venir en aide aux publics les plus vulnérables, l’initiative vise aussi à sensibiliser les acteurs, publics et privés, sur ce sujet environnemental et ses conséquences, qui ne sont pas uniquement sanitaires. « Elles sont également économiques, pointe Stéphanie Pierre, de France Assos santé, car si le nombre de malades de l’environnement continue d’augmenter, ça va finir par coûter très cher à la collectivité. »

Dans la période actuelle, où la lutte pour le climat fait souvent les frais de mesures d’économies et ne semble pas constituer une priorité de nos gouvernements (le sujet n’a même pas été abordé au G7 d’Evian du mois de juin dernier), « mettre l’accent sur les conséquences concrètes du réchauffement, celles qui affectent leur quotidien, en particulier leur santé, peu médiatisées ou mal documentées, c’est une vraie piste pour convaincre une opinion qui peut être tentée, par lassitude et/ou fatalisme, de baisser les bras », conclut Benoit Granier.

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