En France, les personnes en situation de handicap ont encore beaucoup de mal à pouvoir pratiquer une activité sportive. Si les clubs manquent de locaux, de volonté ou de moyens humains, les porteurs de handicap n’osent pas toujours non plus en pousser la porte.
C’est un fait, les Jeux Paralympiques de Paris en 2024 ont mis un grand coup de projecteur sur le handicap et conquis le grand public, au point de pulvériser audiences télévisées et taux de remplissage des gradins. Qui n’a pas gardé en tête les sourires radieux du brésilien Gabrielzinho nageant comme un dauphin, de la championne française de boccia Aurélie Aubert, ou encore le visage concentré de la jeune archère indienne Sheetal Devi tenant son arc du pied et décochant ses flèches avec la mâchoire… Les para sportifs ont été les premiers surpris de cet enthousiasme auquel ils étaient loin d’être accoutumés.
Deux ans après, que reste-t-il de cette belle promesse d’inclusion ? « Je rêve d’un monde où chacun, quel que soit son handicap, pourrait avoir le choix de pratiquer le sport qu’il souhaite, près de chez lui, et selon la formule qui lui convient. Malheureusement, on est encore très loin de cet idéal, confesse Aude Moulin Delalande, responsable des sports au sein d’APF France handicap. Un constat d’autant plus décevant que les Jeux avaient suscité beaucoup d’espoir : « En 2017, quand Paris a été désigné pour les organiser, je pensais vraiment qu’ils contribueraient à changer la vie des personnes porteuses de handicap ».
La France a beaucoup de retard
Malgré leur succès, le paysage n’a pas foncièrement changé pour les quelque 12 millions de personnes vivant en France avec un handicap (80 % ont un handicap dit « invisible »).
Le regard a changé, les esprits sont plus ouverts et les médias plus enclins à diffuser du parasport. En août dernier, France Télévisions a même suivi l’équipe de France au championnat d’Europe de cécifoot (elle a gagné), ça n’aurait pas été imaginable il y a quelques années. Pour autant, nous conservons, c’est vrai, beaucoup de retard
Tristan Palmier, chargé de projet Club inclusif au Comité Paralympique et Sportif Français.
En 2022, 1,4 % seulement des quelques 180 000 associations sportives françaises se disaient en capacité d’accueillir un public porteur de handicaps. On est loin du modèle scandinave où 100 % des structures sportives publiques leur sont accessibles !
La volonté de changement est là, pourtant. A l’approche des Jeux Paralympiques, en 2022, le dispositif « Club inclusif » a été spécialement créé par le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) pour développer l’offre parasportive, aider les associations à ouvrir des possibilités d’accueil et mailler un territoire marqué par des grandes inégalités d’accès. « Doucement, des clubs s’engagent, ou en tout cas nous témoignent vouloir s’engager », ajoute Tristan Palmier. Le handiguide des sports permet d’ailleurs de prendre connaissance des offres disponibles : par localisation, type de sport, âge, handicap, moment dédié de la semaine et choix de la formule (faire du sport exclusivement avec d’autres personnes porteuses de handicap ou en mixité avec des valides). Actuellement, 6 500 clubs sont inscrits sur la plateforme. On progresse, un peu.
De nombreux freins perdurent
« C’est lent, car même quand la volonté est là, beaucoup de freins restent à lever, insiste Tristan Palmier. Le manque de moyens, d’abord, qu’il s’agisse d’équipements ou d’encadrement humain : « Les temps sont durs, les clubs ont des baisses de subventions qui les fragilisent, ils ont également du mal à trouver des bénévoles », pointe Aude Moulin Delalande, d’APF France handicap. « Certains s’autocensurent, aussi, renchérit Tristan Palmier, ils s’imaginent qu’accueillir des personnes en situation de handicap va être trop compliqué… ».
Le blocage peut également résulter d’un manque de communication : « Des clubs ouvrent parfois des créneaux mais personne ne le sait, poursuit Tristan Palmier. Il arrive aussi que le sport qu’ils proposent ne trouve pas son public, alors ils finissent par laisser tomber. C’est pour remédier à cela qu’on s’efforce de mettre en relation les associations sportives locales et les établissements médico-sociaux alentour. Pour que l’offre réponde aux besoins ! «
Il arrive aussi que les personnes handicapées n’osent pas franchir le seul de l’association. « Ça fait des années que les portes leur sont fermées, donc elles ont encore peur d’être refoulées… stigmatisées aussi, et elles renoncent », pointe Sophie Crabette secrétaire générale-directrice de la FNATH, l’association des accidentés de la vie. Parfois aussi, elles ont des difficultés de déplacement : le trajet les fatigue ou personne ne peut les accompagner. « Quand vous n’êtes pas autonome, qui va vous conduire si vous habitez en pleine campagne et que le club de basket est à 50 km de chez vous, interroge Aude Moulin Delalande. Des clubs inclusifs, c’est bien, mais il faut développer une vraie politique publique d’accompagnement autour et penser le sujet dans sa globalité sinon ça ne peut pas marcher ! »
Des handicaps variés qui compliquent l’accueil
Quant aux personnes en situation de handicap mental ou physique, « les médecins ou l’entourage peuvent avoir tendance à vouloir les protéger et à éviter de les projeter dans des clubs « ordinaires ». Avec ces publics, il est plus difficile, aussi, de s’assurer qu’ils veulent faire du sport, et quel sport », souligne Olivier Grin, vice -président de la fédération Française de Sport Adapté. La variété des handicaps complique également les propositions : l’accueil d’une personne en fauteuil peut être plus difficile à organiser, en termes de logistique, que celui d’un malentendant…qui pourrait de son côté avoir plus de mal à s’insérer dans la vie d’un groupe ne parlant pas la langue des signes.
Les bénéfices, pourtant, sont bien réels. Pour Frédéric Virol, 58 ans, accidenté de la route en 1998, la pratique du basket en fauteuil depuis près de vingt ans est « une hygiène de vie et une source de bien-être, de lien social et d’estime de soi ». Le club de basket fauteuil de Caussade (Tarn-et-Garonne) qu’il préside aujourd’hui est le résultat d’une main tendue : « Après l’accident, j’avais mis le sport en sourdine, mais en 2008, un membre du club de basket local voulait monter une section pour un proche en fauteuil, et comme on se connaissait, il m’a sollicité. On était trois au début, puis dix…aujourd’hui, on tourne à 14 et on joue en Nationale 1 ! ». Sa femme, valide, fait même partie de l’équipe, pour le plaisir de partager.
Pourquoi un club serait-t-il plus sensible qu’un autre à ouvrir ses portes ? Fréderic Virol, qui préside également le comité handisport de son département, constate des attitudes variées :
Certaines fédérations sont très motivées, mais leurs associations locales plus frileuses, voire carrément fermées. Certaines sections sont malheureusement obligées de fermer, faute d’argent. Et puis d’autres, comme le club de tir de Montauban, par exemple, sont très demandeuses et nous appellent pour qu’on le fasse savoir… C’est souvent via un adhérent concerné par le sujet, donc sensibilisé, que les choses bougent.
Sensibiliser au sujet, c’est justement l’une des missions de Frédéric Virol qui parcourt à longueur d’année les établissements scolaires pour faire comprendre aux jeunes ce qu’est le handisport. Changer le regard, montrer, inclure… « malheureusement, sans moyens, l’intention reste fragile, regrette Frédéric. A mon propre niveau, avec le carburant qui augmente, j’ai des craintes, et j’espère qu’on pourra boucler le financement de la saison de basket en fauteuil… »
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