Que Choisir Ensemble, nouvelle identité de l’UFC Que Choisir, célèbre ses 75 ans d’existence. Quel sentiment éprouvez-vous ?

M-A. Stévenin – Je suis à la fois impressionnée et rassurée. Le fait qu’une organisation de défense des consommateurs comme la nôtre fête ses 75 ans montre que la cause était bonne dès le début et qu’elle est restée stable tout au long de ces années. Et il est effectivement rassurant de se dire que notre notoriété s’appuie sur des décennies d’exercice, avec ce que cela induit en termes de légitimité.

Nul doute, l’intuition était bonne. Dans quel contexte a-t-elle vu le jour ?

M-A. S – L’idée est venu d’un économiste, André Romieu, qui travaillait au ministère des Affaires économiques. Il existait à l’époque un courant, notamment aux Etats-Unis, qui estimait que le consommateur constituait une catégorie sociale à part entière et, qu’à ce titre, il devait être représenté et défendu. Nous étions alors en plein boom de la consommation et de l’économie. Il faut aussi rappeler que de nombreux domaines de l’économie française étaient étatiques (poste, transports, énergie, communication, etc.). Très vite, cette vision s’est traduite par une information dédiée aux consommateurs sur les produits qu’ils achetaient, l’un des trois piliers majeurs de notre mission avec la représentation et la mobilisation. En 1951, il fallait être très progressiste pour se placer du côté des consommateurs.

Que Choisir Ensemble compte aujourd’hui près de 120 000 adhérents sur tout le territoire, sans oublier les 4 600 bénévoles. Comment cette organisation s’est-elle mise en place au début ?

M-A. S – En fait, deux mouvements dont l’un préexistant à l’UFC ont fusionné : d’un côté, des associations locales de défense des consommateurs, sans lien entre elles; de l’autre, des comités de lecture apparus après 1951, là encore au niveau local. En tant que présidente, je suis très fière et très attachée à ce réseau, fort de 126 associations locales.

Cet ancrage territorial est un de vos atouts…

M-A. S – Avec 126 associations départementales qui tiennent des permanences délocalisées, Que Choisir ensemble est présent dans des agglomérations où il n’y a plus de poste, plus de guichet des impôts, etc. Dire que l’on représente les consommateurs n’est pas une formule, mais une réalité de terrain. Dès le début de l’union, il y a eu cette double dynamique, avec la théorie, d’une part (informer, défendre le consommateur au niveau national et européen), et les remontées des consommateurs, d’autre part (eau du robinet non potable, pneus défectueux, alimentation des animaux, etc.). Ce mouvement ne s’est jamais démenti, il s’est plutôt amplifié avec le développement des moyens de communication.

Etes-vous concerné par la difficulté actuelle à recruter des bénévoles ?

M-A. S – Nous ne traversons pas une crise aussi forte que celle qui affecte certaines associations. Il n’empêche, nous sommes toujours à la recherche de renforts. Défendre les consommateurs est une cause tellement large que nous avons toujours besoin de nouveaux profils. Par ailleurs, au niveau local, nous avons beaucoup de bénévoles impliqués dans la représentation au sein de structures à l’écoute de la voix des usagers ou des consommateurs, telles que les commissions des usagers dans les établissements de santé, les commissions consultatives des services publics locaux ou encore dans les comités de bassin qui agit dans le domaine de l’eau. Le job de bénévole est souvent une activité qui occupe bien.

En soixante-quinze ans, quel est votre plus grand motif de satisfaction ?

M-A. S – Parmi les victoires récentes, je citerais volontiers l’action de groupe, qui reflète assez bien notre combat. Elle permet à un groupe de personnes d’obtenir ensemble réparation pour un préjudice qu’elles ont subi. C’était l’outil qui nous manquait pour défendre complètement le consommateur et lui permettre d’accéder à une réparation, doublement symbolique, puisque, dans le même temps, elle signifie aux entreprises que si elles font n’importe quoi, elles devront en répondre, y compris auprès de leur clientèle. Les industriels étaient vent debout contre une telle possibilité, au prétexte qu’elle les contraindrait à mettre la clé sous la porte – aveu qu’ils ne respectaient pas un certain nombre de pratiques ! Finalement, la loi Hamon a été adoptée fin 2014…et elle n’a conduit à aucune fermeture d’entreprises.

En avril dernier, vous avez changé de nom et de logo. L’UFC, c’était un peu désuet ?

M-A. S – Effectivement, nous trouvions que notre logo était un peu dépassé. Et quand nous avons commencé à réfléchir à une nouvelle identité visuelle, nous nous sommes également interrogés sur notre nom, et avons fait le constat que la plupart des gens ne connaissaient pas forcément ce que l’acronyme UFC voulait dire (Union fédérale des consommateurs) et que, de toute façon, notre nom ne reflétait plus forcément qui nous étions. De fait, nous ne sommes pas seulement une fédération d’associations qui édite le magazine Que Choisir : nous sommes une force d’action et notre moyen d’agir, c’est d’être ensemble. C’est parce que nous sommes présents sur le terrain que nous sommes entendus au niveau national. De même, choisir ensemble la consommation d’aujourd’hui, c’est choisir le monde de demain.

Dans la veine « Ensemble, on est plus fort », vous avez aussi profité de ces changements pour lancer Que Choisir Réclamations…

M-A. S – Que choisir Réclamations est un service qui permet de dénoncer une situation ou un comportement litigieux. C’est une sorte de forum public où la personne affiche sa réclamation, laquelle est aussitôt transmise au service clients du professionnel concerné. Ce dernier peut alors répondre au consommateur, soit directement, soit sur la plateforme. Et selon la validité de la réponse apportée, soit le problème est résolu, soit le différend est transmis à une de nos associations locales. Cette plateforme est accessible à tous, gratuite, sans condition d’abonnement, etc. Ce n’est qu’en cas de prise en charge par une de nos associations que la personne devra prendre sa carte d’adhérent.

Quels sont les sujets qui vous occupent aujourd’hui ?

M-A. S – L’information du consommateur sur la qualité du produit et la construction du prix reste incontournable. Aujourd’hui, on ne connaît plus la valeur des produits, ni qui gagne quoi, ce qui pose des questions d’adhésion à certains prix par rapport à d’autres. Nous demandons plus de transparence. Autre thématique importante pour nous, la qualité de l’eau et désormais aussi son accès. C’est un combat très actuel avec l’adoption le 21 juillet dernier par le Parlement de la loi d’urgence agricole, qui nous a mobilisés (bassines d’eau, réintroduction de certains pesticides…). Nous avons beaucoup de mal à nous faire entendre auprès des politiques qui mettent l’intérêt des agriculteurs et des industriels au-dessus de celui des consommateurs. Si les premiers ont le droit de vivre de leur travail, le droit des consommateurs à boire une eau qui ne les rende pas malades est tout aussi légitime. Et ce n’est pas non plus à ces derniers de payer la dépollution.

Une eau potable et des produits sains. Que Choisir Ensemble est un des signataires de la pétition interassociative en faveur de l’accès à 100 produits alimentaires équilibrés à prix coûtant, lancée en mars dernier…

M-A. S – La santé ne peut être décorrélée de ce que nous mangeons et buvons, d’où notre engagement de longue date en faveur de la généralisation du Nutri-Score, un outil lisible et compréhensible par tous. Que ce soit sur l’eau, le Nutri-Score ou encore les économies de santé, on constate que le consommateur, ou l’usager, est devenu la variable d’ajustement. C’est insupportable. Le système de santé va mal : les frais de santé ne cessent d’augmenter – hausse des cotisations des mutuelles, restes à charge élevés, inégalités d’accès aux soins, etc. –, ce qui entraîne des crispations. Certains assurés n’ont plus l’impression d’être bénéficiaires du système de santé. C’est le sens de notre proposition de « grande Sécu » pour davantage d’équité.

Vous êtes confiante quant à l’issue de ces combats ?

M-A. S – Longtemps, la régulation est restée inaudible pour certains professionnels de santé ou décideurs. C’est moins le cas aujourd’hui. Ce sont des combats très longs, et parfois, on obtient gain de cause. Je pense au démarchage téléphonique à des fins commerciales qui est interdit depuis la mi-août. On s’est battu pendant des années avant que cette mesure n’entre en vigueur.

L’indépendance, condition sine qua non

Aucune publicité. Pas un slogan, mais le modèle économique de Que Choisir Ensemble, depuis l’origine, et notamment depuis le lancement du magazine en 1961 – tous les produits testés sont achetés anonymement. « Nous vivons des abonnements, des adhésions et des dons, précise Marie-Amandine Stévenin, présidente de Que Choisir Ensemble. Ces trois façons de nous soutenir renvoyant chacune, respectivement, à nos missions qui sont l’information, la mobilisation et la représentation et défense des consommateurs. » La subvention accordée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) à des fins d’information est redistribuée aux associations locales, et son montant est minime, rapporté au chiffre d’affaires de Que Choisir Ensemble.

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