Dans une tribune parue dans Le Monde le 8 juin 2026, France Assos Santé, aux côtés de citoyens, élus et professionnels de santé, appelle les sénateurs à soutenir la proposition de loi Garot, examinée le 11 juin.

Nous, citoyens, élus, professionnels de santé, prenons la parole ensemble face au constat unanime de la dégradation de l’accès aux soins sur nos territoires. Il y a urgence à agir. C’est pourquoi nous  soutenons la Proposition de loi relative à la lutte contre les déserts médicaux, adoptée à l’Assemblée nationale en juin 2025, et dont les mesures proposées vont dans le sens d’une meilleure régulation de l’installation des médecins. Il en va de l’intérêt de tous.

Les chiffres sont connus et ne cessent d’augmenter d’année en année : 25,9 millions de patients vivent dans un désert médical, 6,4 millions sont sans médecin traitant, situation qui perdure aux dépens de la mise en place d’une réelle et équitable politique de prévention  ; 36 % ont déjà renoncé à se soigner faute de pouvoir obtenir un rendez-vous médical. A ce sombre panorama s’ajoute en plus le risque d’une médecine à deux vitesses. Le système actuel n’est en effet tenable que pour les usagers les plus agiles qui ont la capacité d’anticiper et de se déplacer toujours plus loin pour se soigner. Par ailleurs, la politique d’installation des médecins repose désormais sur le volontarisme des seules communes qui ont les moyens à la fois financiers et logistiques de faire venir des médecins et de mettre à leur disposition un cadre de travail adéquat.

Le gouvernement n’est pas resté inactif. Le numerus clausus a été remplacé, la délégation de compétences encouragée et la 4année de médecine générale réformée en permettant aux étudiants d’exercer dans un désert médical. Cependant, toutes ces mesures masquent un constat. Le problème ne concerne pas uniquement le volume de médecins disponibles et d’heures de consultation médicale, de temps médical utile ou de moyens d’exercice. Il renvoie à une inégalité croissante en matière de répartition territoriale des médecins, que l’arrivée de la génération 2030 d’étudiants en médecine ne parviendra pas, à elle seule, à endiguer. C’est dans ce contexte que nous appelons à une politique d’Etat plus volontariste qui oriente les nouvelles installations.

A cet égard, la proposition de loi transpartisane contre les déserts médicaux du député Guillaume Garot [Mayenne, Parti socialiste], qui sera examinée par le Sénat, jeudi 11 juin, constitue une voie d’avenir, en suggérant un cadre inédit pour organiser la profession. Elle instaure le principe de non-installation d’un nouveau médecin en zone suffisamment dotée, sauf en cas de départ à la retraite d’un praticien en activité. Ce principe, déjà appliqué à l’ensemble des autres professionnels de santé, vise à encourager les nouvelles installations sur l’immense majorité du territoire qui souffre de désertification médicale. La répartition territoriale des nouveaux médecins sera plus cohérente et pourra être mieux anticipée.

Une forme de concurrence

Cette mesure n’a donc rien d’incongru puisqu’elle s’inscrit dans un dispositif de régulation qui a fait ses preuves pour les autres professions de santé. Elle évite les erreurs du passé, quand la liberté d’installation, sans règles ni pilotage, devait suffire à inciter les médecins à exercer là où l’on avait le plus besoin d’eux. A ce principe s’adjoint celui de la solidarité, avec le rétablissement de la participation de tous les médecins à la permanence de soins ambulatoire. Cette généralisation permettrait une meilleure répartition de cette responsabilité et, de fait, un allègement pour les 40 % de médecins libéraux qui s’en acquittent. Sans oublier la suppression bienvenue de la majoration des tarifs pour les patients ne parvenant pas à désigner un médecin traitant… faute d’en trouver un !

Les politiques incitatives n’ont pas permis de résorber ce déséquilibre, qui s’est même accentué en dix ans, avec une augmentation de l’écart entre les départements qui sont les mieux pourvus en médecins et ceux qui sont les moins bien dotés. Elle a même conduit à une forme de concurrence entre collectivités territoriales pour attirer les praticiens, construire un centre de santé ou une maison de santé pluridisciplinaire, au détriment d’une politique globale de répartition des soignants.

Au contraire, la proposition de loi Garot s’inscrit dans un tout. Les mesures qu’elle préconise sont nécessaires et compléteraient utilement les dispositifs existants ou en cours de déploiement. Pour autant, elle ne se veut pas l’expression d’une défiance envers le corps médical, qui assure, aux côtés des autres professions médicales, la pérennité et la qualité de notre système de santé dans ce contexte si difficile. En cela, elle ne doit pas faire oublier les revendications légitimes des médecins en matière de formation et de rémunération.

Au regard de la gravité de la situation que vivent des millions de personnes privées de facto d’accès à la santé, nous appelons le gouvernent et le Sénat à soutenir ce texte et ses deux principes phares : la non-installation d’un médecin en zone surdotée, sauf départ à la retraite, et le rétablissement de la participation de tous les médecins à la permanence de soins.

Signataires : 

  • Laure Artru, médecin rhumatologue, vice-présidente de l’Association de citoyens contre les déserts médicaux ; 
  • Léo Beaufils, président du réseau français Villes-Santé et élu adjoint à la santé et au handicap de la ville de Rennes ;
  • Nathalie Nieson, maire (divers gauche) de Bourg-de-Péage (Drôme) et vice-présidente trésorière de l’Association des petites villes de France ;
  • Gérard Raymond, président de France Assos Santé depuis juin 2019, après avoir été président puis secrétaire général de l’Association française des diabétiques à partir de 1998. Il est membre du Conseil économique, social et environnemental depuis 2021 ;
  • Marie-Amandine Stévenin, avocate et présidente de Que choisir ensemble.

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