Dans un communiqué publié le 23 septembre, les syndicats des pharmaciens d’officines FSPF et l’USPO ainsi que le NèreS (organisation représentant des laboratoires pharmaceutiques produisant et commercialisant des produits de santé de premier recours) proposent de rendre accessibles sans ordonnance 33 molécules supplémentaires et défendent une prise en charge accrue en officine de certaines pathologies du quotidien.
Parmi les bénéfices avancés : simplifier le parcours des patients et « libérer du temps médical ».
La prescription médicale n’est pas du temps médical inutile
France Assos Santé est favorable à l’évolution des compétences des pharmaciens lorsque celle-ci améliore l’accès aux soins et s’effectue dans des conditions garantissant la sécurité des patients. Mais conseil pharmaceutique et consultation médicale ne sont pas interchangeables.
Une consultation médicale ne se résume pas à la rédaction d’une ordonnance. Elle permet d’établir un diagnostic, d’identifier d’éventuels signes d’alerte, de prendre en compte les antécédents et les traitements du patient, de rechercher des contre-indications et, surtout, de déterminer si un médicament est réellement nécessaire.
Prétendre « libérer du temps médical » en supprimant la prescription pour un nombre croissant de médicaments revient à considérer comme évitable un temps qui peut précisément contribuer à la sécurité et à la pertinence des soins.
Sans ordonnance ne veut pas dire sans risque
Un médicament est toujours susceptible d’entraîner des effets indésirables, des interactions avec d’autres traitements, des contre-indications ou des mésusages
Parler de « 33 molécules au profil de sécurité bien établi » est un peu court pour des professionnels du médicament. Un médicament peut être adapté à une délivrance sans ordonnance à une dose, par une voie et pour une indication données, et nécessiter une prescription dans d’autres conditions.
D’autre part, on ne “dé-liste” pas un médicament parce que nos voisins l’ont fait ou parce que cela permettrait d’économiser des consultations. On le fait lorsque les données permettent de démontrer que son utilisation sans prescription présente des garanties suffisantes de sécurité pour les patients
Des économies pour qui ?
France Assos Santé alerte également sur un autre risque : derrière la simplification du parcours de soins peut se cacher un transfert progressif des dépenses vers les patients.
France Assos Santé l’avait déjà souligné en 2024 en réponse au lobby acharné du NèreS : lorsqu’un médicament n’est plus pris en charge par l’Assurance maladie, l’économie réalisée pour la collectivité peut devenir une dépense supplémentaire pour la personne malade. Sans compter que les médicaments autrefois listés et désormais proposés sans ordonnances le sont au prix fort pour les patients, le prix au comprimé peut ainsi être le double ou le triple par rapport au conditionnement remboursé, et même parfois plus.
Les pharmaciens ont toute leur place dans l’évolution de notre système de santé : prévention, vaccination, dépistage, accompagnement, repérage des situations à risque, orientation des patients et bon usage des produits de santé.
Des protocoles peuvent également permettre une prise en charge directe de certaines situations précisément définies, avec des critères d’éligibilité, des arbres décisionnels et une orientation vers le médecin lorsque celle-ci est nécessaire.
Mais élargir les compétences des pharmaciens ne doit pas signifier élargir mécaniquement la liste des médicaments accessibles sans prescription.
Cette proposition va à l’encontre de la mobilisation des pouvoirs publics, notamment de l’Agence de sécurité du médicament et de la Haute autorité de Santé pour favoriser le bon usage et limiter la consommation de médicaments.


